COP30 : les droites contre le climat

par Pierre Benoit |  publié le 09/11/2025

En 2015 l’accord de Paris sur le climat marquait la reconnaissance de l’urgence climatique. Dix ans plus tard, la COP30 qui se tient Belém, capitale de l’Amazonie brésilienne témoigne d’un recul général.

Emmanuel Macron prononce un discours lors de la séance plénière générale des dirigeants dans le cadre de la COP30, la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, à Belém, dans l'État du Pará, au Brésil, le 6 novembre 2025. (Photo : Ludovic MARIN / AFP)

Résultat d’un multilatéralisme bienveillant, les conclusions énoncées à Paris portaient une ambition, celle de limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C. Objectif impossible à tenir lorsqu’on voit le rythme du réchauffement actuel qui nous pousse plutôt vers un réchauffement à 2,5°C, voir plus vers 2100.

Les travaux de la Conférence de Paris s’appuyaient sur 35 ans d’analyses étayées par le groupe des experts du GIEC et la volonté d’un grand nombre d’États soucieux d’enclencher une dynamique pour sortir des énergies fossiles. Il y avait à l’époque un courant favorable au multilatéralisme et une volonté d’accompagner les pays en développement dans cette transition climatique. On citait souvent en exemple le cas de l’Amazonie brésilienne et le bassin du Congo, qui sont les deux puits de carbone les plus important de la planète.

Aujourd’hui, le bilan est bien maigre, note l’ancien candidat à la présidentielle, Noël Mamère : « A Belém, les peuples qui vivent en forêt amazonienne convergent vers la ville pour défendre leurs droits. Cette symbolique montre que ce sont les plus vulnérables qui sont les premières victimes du bouleversement climatique. En 2025, on en est encore au cœur de la question première, celle de l’injustice environnementale. Tant que l’on ne réglera pas cette question de l’effort que doivent faire les gros producteurs de gaz à effet de serre et les pays les plus extractifs, on ne s’en sortira pas ».

En une décennie, la géopolitique du climat a suivi une évolution considérable. L’accord de Paris avait une faiblesse rédhibitoire : il ne comportait pas de clauses contraignantes. Ce qui a permis à certains pays de traîner les pieds. Au passage, le protocole de Kyoto – décembre 1997 – lui aussi avait déjà été malmené : le Canada a claqué la porte en 2011 pour éviter les pénalités, les États-Unis ne l’ont jamais ratifié, des grands pays pollueurs comme l’Inde et la Chine ont été exemptés des exigences établies à Kyoto.

Aujourd’hui les sciences sont contestées dans certaines universités américaines. Le cartel des pays producteurs d’énergie fossile, celui des géants de la tech, alliés aux climato-sceptiques, nous promettent sans rire la naissance d’une IA décarbonée. Ils ont le vent en poupe : 1773 lobbyistes au service des industriels du pétrole sont accrédités à Belém. Trump, qui a fait de la lutte contre le multilatéralisme un axe stratégique de son mandat, leur apporte son soutien. Il n’y a pas de hasard. On constate partout le recul de la priorité donnée à la sortie des énergies fossiles, tout juste au moment où l’on s’approche d’une bascule climatique irrémédiable. Un signe en dit long sur l’époque.

Une trentaine de chefs d’États ont fait le voyage de Belém. Mais de gros pollueurs comme l’Inde, les Etats -Unis , la Chine, n’ont envoyé que des délégations de second rang. La Chine ne veut prendre aucun leadership dans le domaine du climat. Elle transforme son pays avec méthode dans le domaine des énergies renouvelables mais elle reste un pollueur de premier plan avec ses mines de charbon.

A Belém, les diplomates brésiliens ont l’intention de marquer le coup en remettant le multilatéralisme au cœur de leur engagement. La meilleure façon serait de reprendre, pour les consolider, les travaux de la conférence de Paris. D’abord en réaffirmant le rôle des états, notamment ceux de l’hémisphère nord dans leur engagement financier en faveur des pays du sud pour aider leur transition énergétique.

Longtemps, l’Europe a joué un rôle pilote dans la course pour limiter le changement climatique. Après la conférence de Paris, on avait même noté un véritable boom dans le développement des énergies renouvelables sur le vieux continent. Ce moment semble révolu aux yeux de Noël Mamère. « J’ai toujours défendu l’idée d’une Europe fédérale, capable de porter des politiques actives et contraignantes. L’Europe a montré qu’elle pouvait être une entité politique de responsabilité, je pense à l’épreuve du Covid. Si l’on regarde aujourd’hui la question de l’environnement, surtout celle des pesticides, on est loin du compte et pourtant nous sommes le seul continent sur lequel on peut compter, parce que c’est encore un continent de la démocratie. Si l’Europe continue à se soumettre à la convergence des droites, les premières victimes seront toujours les politiques climatiques, et nous ne pourrons plus rien contrôler ».

Dans cette période de déni orchestré par l’administration Trump, l’UE a pourtant une occasion à saisir pour reprendre toute sa place dans la diplomatie climatique.

Pierre Benoit