Coup de foudre à la Maison-Blanche

par Sébastien Lévi |  publié le 24/11/2025

Il y a quelques semaines, Trump avait qualifié Mamdani de « communiste », qui l’avait en retour traité de « fasciste ». L’image des deux hommes souriants dans le Bureau ovale le 21 novembre ne manque pas d’intriguer. Politesse républicaine ou alliance objective ?

Le président américain Donald Trump serre la main du maire élu de New York, Zohran Mamdani, lors de leur rencontre dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche à Washington, le 21 novembre 2025. (Photo : Jim Watson / AFP)

Malgré leurs divergences revendiquées, Mamdani souhaitait rencontrer Trump, qui donna son accord. Dans une Amérique polarisée, on peut saluer cette volonté mutuelle d’apaisement, d’autant que les deux hommes devront travailler ensemble sur certains sujets, comme l’allocation des budgets fédéraux à la ville ou la coopération entre les forces de l’ordre fédérales et la police de New York. Mais cette visite va au-delà de la simple courtoisie ou de la réunion de travail. Elle illustre la convergence non pas idéologique mais politique entre les deux hommes, et leur intérêt mutuel à travailler autant l’un avec l’autre que l’un contre l’autre.

Trump a été capable de prendre à la hussarde le Parti Républicain en 2015 et 2016 et le soumettre à sa personne. Il ne reste rien aujourd’hui de l’idéologie historique de ce parti, désormais dirigé par la propre belle-fille du président. Le dégagisme de Trump a d’abord visé les instances traditionnelles et les élites du parti, puis celles du pays tout entier. Si Mamdani n’a pas encore réalisé la même OPA de son côté de l’échiquier politique, lui et son parti DSA, à la gauche du Parti démocrate, ont clairement en tête cet objectif. Une similarité d’approche notoire entre les deux hommes. Trump avait d’ailleurs déjà confessé de manière officieuse son admiration pour Mamdani lors de la campagne.

Pour Mamdani, le seul fait d’apparaître à côté de Trump sans rien lui céder sur le fond est une victoire politique majeure. Elle lui offre une visibilité nationale et la possibilité d’incarner l’opposition, même courtoise (pour l’instant) à Trump, alors que le Parti Démocrate peine à trouver la personne idéale pour jouer ce rôle. Pour Trump, « traiter » directement avec Mamdani lui permet de court-circuiter et d’humilier les leaders démocrates du Congrès qu’il méprise. Elle lui permet surtout de présenter Mamdani comme son opposition, et donner crédit a ses accusations contre les Démocrates qui seraient de « dangereux gauchistes ».

Cette rencontre cordiale illustre l’intérêt des deux hommes à se retrouver l’un avec l’autre et l’un contre l’autre, loin du Congrès et des lois de la politique traditionnelle. Cette alliance objective est celle d’une Amérique polarisée idéologiquement et même irréconciliable, sans compromis et avancées concrètes. En ce sens, elle est surtout un piège pour le Parti démocrate, qui doit retrouver d’urgence une image responsable, mais surtout des solutions gouvernementales concrètes pour le peuple américain.

Lors d’une rencontre bien moins détendue avec Zelensky, Trump avait confié que son pugilat public avec le président ukrainien ferait un « bon moment de télévision ». C’est aussi certainement ce qu’il avait en tête à l’occasion de sa rencontre positive avec Mamdani, qui répond à des intérêts politiques convergents pour les deux hommes, qui ne coïncident pas nécessairement avec ceux d’un pays en quête de résultats tangibles.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis