Coupe du Monde 2026 : Trump se rêve en arbitre
L’année 2026 marquera le 250ème anniversaire de l’indépendance des États-Unis. Ce sera aussi celle de la Coupe du monde de football, que le pays organise conjointement avec le Mexique et le Canada. Une occasion en or pour Trump de faire son show.
Dans l’esprit du président américain, cet événement sportif majeur sera tout d’abord un prétexte pour montrer son emprise sur le pays et continuer à tacler ses adversaires. À l’occasion de ce jubilé, intitulé « America 250 », le locataire de la Maison-Blanche évoquera certainement moins les apports de l’immigration et les valeurs démocratiques du pays que les victoires militaires et l’esprit de conquête. On peut surtout anticiper que son discours ne portera pas de message d’unité, et que Trump en profitera pour continuer à attaquer sans relâche ses adversaires, ces « cinglés d’extrême-gauche » qui « veulent détruire le pays ».
La Coupe du Monde de football sera l’occasion pour lui d’exceller en mondovision dans sa discipline favorite : la division. Trump a déjà menacé de retirer l’organisation de matches à certaines villes si elles s’avéraient, selon lui, incapables d’y assurer la sécurité. Sans surprise, ces villes sont gérées par des Démocrates, comme Los Angeles, San Francisco ou Boston. Ce court-circuitage des prérogatives de la FIFA, qui a désigné les villes organisatrices, est une initiative sans précédent.
Trump crée non seulement les conditions du chaos et de l’incertitude pour les supporters, mais il en profite également pour réaffirmer son pouvoir qu’il veut absolu et son opposition aux démocrates, dépeints comme des anarchistes à la tête de villes à feu et à sang. Il applique ainsi la même logique que celle utilisée pour justifier l’envoi de la Garde nationale … et affirmer sans rire qu’en une semaine de présence, celle-ci avait radicalement pacifié la ville de Washington.
La manœuvre, aussi transparente et caricaturale soit-elle, fonctionne auprès de son électorat. Au-delà du thème de la loi et de l’ordre, on peut d’ailleurs s’attendre à la même démagogie sur deux autres marqueurs du trumpisme : la xénophobie et la lutte contre l’immigration. La délivrance de visas est fortement compromise et nombre de supporters ne pourront se rendre aux États-Unis, à commencer par les Colombiens ou les Iraniens. Dans un pays où le football est surtout suivi par les populations hispaniques, des descentes de la police de l’immigration particulièrement fortes seront aussi à craindre dans certains stades.
Le climat de peur et la dérive autoritaire du pays devraient dissuader beaucoup de supporters de pays non concernés par les restrictions de visas de se rendre aux États-Unis ; sans même évoquer les prix des billets qui s’annoncent exorbitants. À ce titre, cette Coupe du Monde devrait offrir un miroir de ce que sont devenus les États-Unis après 250 ans d’existence : une démocratie illibérale sous la houlette d’un autocrate, en guerre contre ses villes et ses élites urbaines. Un pays fermé au monde, plus occupé à marquer des buts contre son propre camp qu’à s’ouvrir aux autres et préparer les victoires de demain.



