Crise de régime : les coupables

par Valérie Lecasble |  publié le 06/10/2025

Il pensait rester en poste jusqu’au vote du budget à la mi-novembre. Acculé, il a démissionné un mois et demi plus tôt que prévu, après seulement vingt-six jours à Matignon. Qui sont les fautifs de cette crise de régime ?

Macron (Photo : Ludovic MARIN / AFP) Retailleau (Photo : Ludovic MARIN / AFP) Faure (Photo : Adnan Farzat / NurPhoto via AFP)

Emmanuel Macron.

Il est trop proche pour l’avouer, mais Sébastien Lecornu, comme Michel Barnier et François Bayrou avant lui, n’avait pas les mains libres. Son action était contrainte par l’interdiction édictée par le président de la République que l’on touche à son bilan, qu’il s’agisse de la politique de l’offre, de la fiscalité ou de la réforme des retraites. Ainsi, a-t-il dû attendre par deux fois le retour de l’étranger d’Emmanuel Macron pour lui soumettre avant d’annoncer ses deux décisions majeures : sa prise de position en faveur de la droite dans son interview au Parisien et la composition de son gouvernement.
Cette contrainte – poursuivre la même politique alors qu’il n’y a pas de majorité à l’Assemblée pour la conduire – est un piège dont nul depuis la dissolution n’a réussi à se sortir.
Le pompon fut la nomination surprise de Bruno Le Maire au ministère des Armées alors qu’il est devenu le symbole des années de gabegie qui ont mené la France à 1 000 milliards de dettes supplémentaires. Les familiers de l’Eure, département où Lecornu et Le Maire se sont connus, relatent des relations distendues entre les deux hommes. Question : qui donc a eu cette mauvaise idée de recycler l’ex-ministre de l’Économie au poste régalien de la Défense, champ réservé du président de la République à qui il revient de nommer celui qu’il a choisi ?

Bruno Retailleau.

Le patron des Républicains a fait monter la pression jusqu’à faire exploser la marmite. Décidé à rester au gouvernement où il a acquis sa popularité, il a cherché jusqu’au bout à y justifier sa présence. Il ne pouvait plus dire, comme lors de sa première nomination, que sans lui, les Insoumis allaient s’emparer du gouvernement. Et son opposant, Laurent Wauquiez, qui a tenté sans succès à plusieurs reprises d’y entrer, avait fait du départ de Retailleau une obsession, convaincu qu’une fois dehors, son adversaire perdrait rapidement sa notoriété.
Ce bras de fer entre les deux leaders de la droite, a conduit le ministre de l’Intérieur démissionnaire, à mettre la barre de sa participation très haut : pour ne pas s’embarquer seul, il réclamait un tiers de ministres LR sur les 25 que devait compter le gouvernement resserré. Reçu pendant 1 h 30 dimanche à Matignon, il pensait avoir verrouillé la situation. Le gouvernement connu, il fait machine arrière, assurant que le gouvernement ne reflétait pas la rupture promise. Avant d’annoncer une nouvelle réunion des Républicains le lendemain matin.

Olivier Faure.

Le patron du Parti Socialiste a lui aussi mis des conditions que Sébastien Lecornu ne pouvait accepter. Bien que satisfait de la décision du Premier ministre de renoncer au 49-3, une revendication qu’il portait depuis longtemps, afin de redonner le pouvoir au Parlement, Olivier Faure ne s’en est pas contenté, contrairement à sa tentation initiale en sortant de Matignon. En effet, la colère de Boris Vallaud affirmant refléter celle du groupe de députés qu’il préside, s’est focalisée sur l’insuffisance des efforts accordés à la gauche sur la taxation des hauts revenus et des entreprises. Aussi Boris Vallaud a-t-il poussé Olivier Faure à ajouter à ses revendications l’incontournable suspension de la réforme des retraites que réclame l’intersyndicale.

La conjonction de revendications contradictoires a convaincu Sébastien Lecornu qu’il ne pourrait pas échapper à une inéluctable motion de censure dès cette semaine. Il a préféré prendre les devants en lançant : « il faut toujours préférer son pays à son parti ». La victime en l’occurrence est bien la France, dont les marchés ont de nouveau dérouillé à l’annonce de cette démission ; les français qui sont excédés par la médiocrité de leur classe politique ; l’intérêt général dont personne ne paraît se soucier, tant les egos de chacun sont obsédés par la course à la présidentielle.

Le seul vainqueur est le Rassemblement National dont le patron, Jordan Bardella, a appelé promptement à une dissolution dont les circonstances ne pourraient être de son point de vue plus favorables.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique