Croissance : une reprise, vraiment ?
La croissance du PIB français au troisième trimestre 2025 est plus élevée que prévu. Mais elle ne concerne que quelques secteurs, et l’instabilité politique empêche la consommation de repartir. La première victime de ce mirage économique : l’emploi.
Une surprise peut en cacher une autre. Beaucoup espéraient que la croissance de 0,5% du PIB en France au troisième trimestre, révélée par l’Insee, sonne le début d’une reprise durable. Elle aurait sorti les acteurs économiques de la morosité dans laquelle l’instabilité politique les maintient depuis plus d’un an. Mais à y regarder de plus près, les fondamentaux ne se redressent pas.
Le sursaut de l’été provient de secteurs bien identifiés – aéronautique, défense et produits pharmaceutiques – qui ont tiré les exportations et permis au commerce extérieur de contribuer largement à ce rebond. Dans les faits, les industries agroalimentaires sont à la peine, de même que l’automobile, la restauration et les services de transport. Quant à la consommation, qui est à l’origine de plus de la moitié du PIB, ce troisième trimestre aura été le plus maussade des quatre dernières années à la même période. Avec un taux d’épargne qui approche 19%, les ménages manifestent une inquiétude peu propice à relancer leurs dépenses.
Avant de crier victoire, on attendra donc notamment de savoir si la France sera dotée en 2026 d’un budget qui permettra aux entreprises de retrouver une certaine visibilité, et de garantir une stabilité nécessaire à la reprise des investissements. Mais pour l’heure, les entreprises sont toujours dans l’expectative. Le baromètre industriel de l’État publié en octobre ne mentionne que 44 ouvertures de sites au premier semestre 2025, contre 82 fermetures ; le plus mauvais score des trois dernières années. Seules l’industrie verte et le secteur de la défense tirent leur épingle du jeu dans un contexte où la réindustrialisation est clairement à la peine. « D’autres éléments conjoncturels laissent présager que la tendance risque de se prolonger au second semestre, voire en 2026 », avertit le baromètre.
Ce qui s’est confirmé au troisième trimestre : l’observatoire Altares a recensé plus de 14300 défaillances d’entreprises (en liquidation ou en redressement judiciaire) sur la période, ce qui constitue « un record pour une période estivale ». Les microentreprises, les TPE et les petites PME sont les plus touchées, ce qui traduit une baisse d’activité pour ces entreprises le plus souvent sous-traitantes et variables d’ajustement lorsque leurs donneurs d’ordres voient leur carnet de commandes baisser. Ainsi, sur douze mois glissants, plus de 69.000 défaillances seraient à déplorer, un niveau jamais atteint au cours des quinze dernières années.
Dans ces conditions, l’emploi se retrouve en première ligne. France Travail, pour la fin du troisième trimestre, a enregistré une hausse du nombre d’inscrits sans aucun emploi (catégorie A), de 1,6 % sur un trimestre et de 7,6% sur un an. Certes, de nouvelles règles de comptabilisation perturbent les comparaisons avec l’année précédente. Malgré tout, en effaçant les effets de ces changements, la hausse du chômage qui touche 3,263 millions de personnes de cette catégorie ressort malgré tout à 6,3% sur un an. Des chiffres illustrés par les multiples fermetures de sites ou plans de réduction d’effectifs comme chez Novasco (ex-Ascometal) où 450 emplois sont menacés ou aux Aciéries de Bonpertuis en Isère, après les autres plans sociaux chez Michelin, Casino, Auchan, Arcelor Mittal ou STMicroelectronics. Un marasme aux antipodes de la santé affichée par les valeurs boursières du CAC40, très orientées sur l’international et déconnectées de l’économie réelle … Patience donc, avant de sabrer le champagne.



