Dati fragilisée
Handicapée par ses affaires judiciaires, par des relations compliquées avec le patron de LR qui l’a « suspendue » pour être entrée au gouvernement et par le choix de Gabriel Attal en faveur de Pierre-Yves Bournazel, la candidature de Rachida Dati à la Mairie de Paris se complique.
Le sort s’acharne-t-il sur Rachida Dati ? Jusque-là, la maire du VIIème arrondissement avait aplani trois obstacles qui se dressaient sur sa route. D’abord cet inévitable procès en correctionnelle qui lui vaudra de justifier les 900.000 euros d’honoraires qu’elle a reçus sur trois ans de Carlos Ghosn, l’ancien patron de Renault, sans contrepartie évidente. En multipliant les recours, ses avocats ont obtenu que le procès se tienne du 10 au 26 septembre, soit après les élections municipales des 15 et 22 mars.
Elle avait par ailleurs conclu avec Emmanuel Macron un accord qui lui a valu d’être nommée ministre de la Culture dans le gouvernement de Gabriel Attal. Une belle prise politique pour le chef de l’État, qui lui a accordé en échange son soutien dans sa course à la mairie de Paris. Reconduite dans chaque gouvernement, elle bénéficie des atouts du poste dans la capitale, où la culture est l’un des sujets essentiels. Enfin, elle a laissé aux dernières élections législatives Michel Barnier s’emparer de la deuxième circonscription de Paris, la sienne, contre le soutien des LR de sa candidature aux élections municipales. Dès lors, tout semblait bien huilé et la candidate quasi-impossible à détrôner.
Dans les sondages, Rachida Dati faisait la course en tête, largement devant ses concurrents. Elle nourrissait tant d’espoirs à droite que le 27 octobre dernier, la Tribune Dimanche la mettait en Une sur la foi d’un sondage Ipsos/Elabe dans lequel elle obtenait … 34 % des voix dans l’hypothèse – farfelue – où Pierre-Yves Bournazel, qui venait de déclarer sa candidature aux côtés d’Edouard Philippe au Trianon, venait à se retirer…
Las ! En quelques jours, la machine de guerre a déraillé. D’abord, la date de ce satané procès qui se tiendra six mois seulement après les élections municipales, empoisonne sa candidature sur laquelle pèse un risque d’inéligibilité. Ensuite, sa reconduction contre toute attente au même poste de ministre de la Culture dans le gouvernement de Sébastien Lecornu, prend mauvaise tournure. Furieux que six membres des LR aient contrevenu à ses ordres de ne pas y figurer, Bruno Retailleau a « suspendu » les récalcitrants du parti, dont elle, qui ont accepté d’y entrer. Certes, les LR ont fait savoir qu’ils soutiendraient quand même Rachida Dati dans sa course à la mairie de Paris. Mais le contexte pour le moins brouillé fait désordre, au moment où l’on a vu Rachida Dati dans l’hémicycle contrainte d’expliquer comment des voleurs ont réussi en quelques minutes à s’emparer des colliers, diadèmes, boucles d’oreille et couronne de reines françaises du XIXe siècle au cœur même du musée du Louvre. Une posture peu confortable …
Enfin, voilà que Gabriel Attal lui fait à son tour une mauvaise manière. Elle qui n’a cessé de se proclamer candidate de rassemblement, soutenue à la fois par les LR et par la majorité présidentielle, vient d’être désavouée par le patron de Renaissance qui lui préfère désormais Pierre-Yves Bournazel. La raison ? Officiellement, en raison de ses affaires, la candidature de Rachida Dati est considérée comme « clivante ». En réalité, sa rupture avec Gabriel Attal est survenue à la fin de l’été quand elle a décidé, sans l’en avertir, de troquer la 2ème circonscription de Paris contre le soutien des LR pour la mairie de Paris. C’est peu dire qu’Attal l’a mal pris, d’autant que cette circonscription, celle de Gilles Le Gendre, était tacitement réservée à Renaissance. On ne peut pas lui faire confiance, en a-t-il conclu.
« Rachida Dati est une marque en soi, qu’importent les partis », répète à qui veut l’entendre sa redoutable adjointe Nelly Garnier qui ne la quitte pas d’une semelle. Les électeurs vont-ils gober cette fable qui dit l’inverse de ce qu’elle a raconté jusque-là, jurant que seule l’union entre LR et la majorité présidentielle dès le premier tour permettrait d’arracher Paris à la gauche ? Le scénario de 2020 se reproduit : la candidate des LR Rachida partant seule au combat face à celui de la majorité présidentielle (Horizons + Renaissance), Pierre-Yves Bournazel. Certes elle conserve le soutien d’Emmanuel Macron et de quelques dissidents comme Sylvain Maillard, Benjamin Haddad ou Aurore Bergé, mais que pèsent-ils alors que la popularité du président de la République est au plus bas ?
La bataille s’annonce féroce. À gauche, l’écologiste David Belliard est tenté de s’allier à l’insoumise Sophia Chikirou, laissant le candidat socialiste Emmanuel Grégoire seul face à son destin. Serait-il tenté de se rapprocher un jour de Pierre-Yves Bournazel, avec qui il s’entend bien ? La recomposition politique à Paris ne fait que commencer.



