Dati : trop de bruit pour rien
La ministre de la Culture a enfin démissionné pour se consacrer à la campagne municipale parisienne. Non-événement : elle laisse un bilan pratiquement inexistant.
Je me souviens avoir rendu visite à Frédéric Mitterrand, alors ministre de la Culture, qui me montrait d’un geste large les portraits de ses prédécesseurs, et me disait : « Je me demande quelle trace je laisserai ». Bonne question. Si on l’applique à Rachida Dati, on ne saurait pas bien quoi répondre.
Un record de durée, un bilan maigre
Ah si ! Elle est restée en poste deux ans et un mois, ce qui est un record par rapport aux huit ministres qui l’ont précédée (moyenne un an et six mois). Aurélie Filippetti, tenante du titre au début du quinquennat de François Hollande, en 2012, était restée deux ans et trois mois. Donc, bonne performance, d’autant qu’elle a appartenu à quatre gouvernements successifs (Attal, Barnier, Bayrou, Lecornu). Un record.
Quoi, c’est tout ? C’est fini, plus rien, comme dirait Prévert. Hé oui, plus rien.
En deux ans et un mois, elle a annoncé beaucoup de projets, et s’est félicitée elle-même de ses nombreuses réalisations, excellente communicante. Elle a mis l’accent sur l’espace rural et les campings qui avaient besoin d’être « animés », pourquoi pas ? Le pass culture, l’art contemporain, et l’audiovisuel public… sans compter les nouveaux espaces du Louvre, projet présidentiel.
Pass culture et crédits : les coupes budgétaires
Résultats : le pass culture, très critiqué par la Cour des comptes pour n’avoir pas atteint son objectif de redistribution culturelle, a vu ses crédits diminuer drastiquement cette année et l’an prochain, il ne restera pratiquement plus rien. Les crédits de la culture ont été amputés de 200 millions, hors audiovisuel, ce qui affaiblit tous les secteurs, y compris le patrimoine, et pour la première fois, le soutien à la création diminue. Le milieu des spectacles, déjà très atteint par la diminution des moyens attribués par les collectivités locales, reçoit un nouveau coup. Quant à la réforme des écoles d’art, on ne sait pas très bien où elle en est, mais elle a été mal accueillie.
Audiovisuel public : réforme annoncée, conflits à répétition
Reste l’audiovisuel, sa grande affaire. Elle a annoncé pendant deux ans la création d’une holding regroupant toutes les sociétés de l’audiovisuel, pour le refonder, une loi reportée de mois en mois, sa grande réforme pour mieux affronter les défis du numérique, loi contestée avant même d’être examinée et qui ne le sera jamais, en tout cas pas avec elle. Elle s’est surtout illustrée par ses attaques contre les journalistes des médias publics, ses prises de bec avec les présidentes des sociétés de radio et télévision, ses polémiques et son agressivité. Le vol du Louvre l’a ensuite accaparée, et a mis à nu des dysfonctionnements, et une gestion pour le moins peu responsable. La faute aux autres…
Frédéric Mitterrand se posait la bonne question. Sans vision claire, sans projet de société dans lequel on donne une place réelle à la culture, sans une écoute et une attention aux artistes et à tous ceux qui sont la culture de ce pays, il ne reste que le vent des déclarations sans lendemain, de l’autoglorification et du mépris dans lequel on tient ceux que l’on est censé défendre.



