« De la force à toutes les daronnes »
Cette BD mordante décrit la galère des mères célibataires après la séparation, et les travers d’un système imprégné de paternalisme.
Roman graphique percutant, à la fois drôle et pugnace, La Révolte des mères donne voix à celles qu’on préfère souvent faire taire : les mères solos, trop souvent reléguées aux marges du récit collectif, et ce malgré leur rôle central dans le tissu social.
Loin d’un ouvrage plaintif, la BD alterne confidences intimes, constats sociaux et appels à la justice. Marguerite Degi et Francesca Fattori y racontent chacune leur expérience de rupture et de reconstruction, dans une société qui sanctifie encore la cellule familiale, mais reste aveugle à la violence symbolique — et parfois économique — que subissent les mères seules. En effet, 82 % des familles monoparentales sont aujourd’hui portées par des femmes, souvent dans la souffrance. À travers leurs témoignages, les deux autrices décrivent la précarité, l’isolement, mais aussi la dignité et la résilience. Au dessin, Audrey Lagadec insuffle à ces récits une dimension visuelle à la fois tendre et mordante, avec un trait expressif et des couleurs franches
Mais La Révolte des mères ne se contente pas de raconter. Ce livre « qui donne de la force à toutes les daronnes » selon sa préfacière Nadia Daam entend dénoncer, informer, et proposer des solutions. Le livre interpelle directement le lecteur : quelles structures sociales valorise-t-on ? Quels soutiens concrets offre-t-on aux mères en difficulté ? Pourquoi l’autonomie féminine reste-t-elle si peu soutenue après la parentalité ?
En arrière-plan, c’est une critique radicale du patriarcat et de l’aveuglement des politiques publiques que les autrices dessinent. Le roman graphique peut ainsi se lire comme un manifeste, non seulement pour faire entendre la voix des mères, mais pour réclamer un changement de regard, et au-delà, un changement de système.
La Révolte des mères : briser le mythe de la mère héroïque, de Marguerite Dégi, Francesca Fattori et Audrey Lagadec, éditions L’Iconoclaste, 234 pages, 24,50€



