De Macron à Néron

par Valérie Lecasble |  publié le 01/03/2026

Dans le deuxième livre qu’ils consacrent à Emmanuel Macron (*), Nicolas Domenach et Maurice Szafran racontent comment le règne du « en même temps » s’est transformé en chaos institutionnalisé. Entre affrontements et reniements, celui qui se voulait Jupiter s’est changé en tyrannique Néron, retranché seul à l’Élysée.

Extrait de la couverture du livre « Néron à l'Elysée » aux Éditions Albin Michel

L’intention était bonne mais la mise en œuvre a déraillé. C’est ainsi que les deux éditorialistes Nicolas Domenach et Maurice Szafran analysent l’évolution d’Emmanuel Macron dans leur sévère Néron à l’Élysée.

Le jeune président avait conçu le « dépassement » comme un mantra pour reléguer aux oubliettes les vieux partis politiques et inventer une idéologie nouvelle, à la fois de droite et de gauche, avec pour vocation de battre les extrêmes. Patatras ! Dix ans plus tard, le RN n’a jamais été aussi fort et la classe politique aussi émiettée. Cet homme « exceptionnel », qui avait formidablement réussi le hold-up du siècle lors de sa conquête du pouvoir, « s’est exceptionnellement planté ».

Après la présidence « normale » de François Hollande, Jupiter avait promis, grâce à son autorité, de remettre de l’ordre dans le pays. Mais toujours plus imbu de certitudes, accroché à son pouvoir personnel, Emmanuel Macron n’a su tenir compte de rien ni écouter personne. Exemple emblématique : il s’est même affronté avec Laurent Berger, qui aurait pourtant pu l’aider à accomplir la réforme des retraites à laquelle le leader de la CFDT n’était a priori pas opposé. Au lieu de cela, et à force de ne pas l’entendre, le Président de la République a attisé la colère des Français jusqu’à les jeter dans la rue.

Une présidence isolée à l’Élysée

L’ambiance de cour « aussi funeste que vulgaire » qui règne à l’Élysée n’a retenu que quelques fidèles : l’incontournable Alexis Kohler, la voix de son maître, le seul avec lequel Macron continue à échanger jusqu’à ce qu’il le quitte, lui aussi, pour le privé ; Gérald Darmanin, docile et nocif, pousse à la dissolution ; Éric Dupont-Moretti, grande gueule dans les médias, est un petit garçon quand il est avec le président ; tout comme le futur prix Nobel d’économie Philippe Aghion, le sociologue Marcel Gauchet ou le psychanalyste Boris Cyrulnik lorsqu’ils sont invités à refaire le monde et qu’ils se retrouvent comme des élèves à qui Emmanuel Macron fait la leçon sur le mode « c’est moi le meilleur ». « Un singe savant », lâche l’un des participants.

Que dire de ses relations plus que distendues avec ses ex-Premiers ministres, Édouard Philippe, Gabriel Attal et même François Bayrou, qui lui avait pourtant apporté une aide décisive en 2017 et qui a dû lui tordre le bras pour accéder enfin à Matignon sept ans plus tard, trop tard…

« Emmanuel Macron n’a pas de colonne vertébrale », lâche Laurent Berger. Ni sur les retraites, ni sur la dette de la France, qu’il n’a pas vue venir ou qu’il a voulu cacher avec la dissolution. Ni sur l’antisémitisme, où il n’a pas osé s’imposer. Ni sur ses prises de position internationales, où il a souvent dévié. Ni sur ses nominations, où il a procrastiné.

La tentation de la comparaison avec Néron

Jusqu’à devenir Néron ? Célèbre pour son autoritarisme et ses excès, l’empereur romain a fini par incendier Rome. Macron n’est certes pas Néron. Mais il a fini, lui aussi, par mettre le feu à un pays qui, au terme de son règne, n’a jamais été aussi déstabilisé depuis le début de la Ve République.

Pendant trente ans, Nicolas Domenach et Maurice Szafran ont exploré ensemble les coulisses du pouvoir pour croquer les présidents de la République, au travers des relations entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, puis des douze années de règne de Jacques Chirac, avant de raconter le quinquennat de Nicolas Sarkozy et d’analyser le duo Valls-Hollande. En 2022, à la fin de son premier quinquennat, ils s’interrogent déjà sur Emmanuel Macron et posent la question : « Pourquoi tant de haine ? » Avec Néron à l’Élysée, un livre bourré d’anecdotes, ils nous livrent les clefs de son second quinquennat finissant.


(*) Nicolas Domenach et Maurice Szafran, Néron à l’Élysée – Albin Michel

Valérie Lecasble

Editorialiste politique