Déculottée pour l’industrie du porno
Pour échapper à la règle de contrôle d’âge, trois grosses plates-formes diffusant du porno préfèrent suspendre leur activité en France. Pas de quoi impressionner les autorités…
C’est un curieux chantage. Depuis mercredi, la maison mère de Pornhub, Redtube et Youporn, Aylo, ne diffuse plus sur ses trois sites pornographiques les vidéos tant appréciées par les consommateurs, de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes. A la place, apparaît en page d’accueil une Marianne brandissant, façon Delacroix, le drapeau tricolore avec le slogan « La liberté n’a pas de bouton off ». Une provocation destinée à gagner la bataille de l’opinion.
Après de longues années de tâtonnement, une loi votée il y a deux ans impose aux plates-formes pornographiques un dispositif de contrôle d’âge obligatoire, pour protéger les mineurs des images traumatisantes, violentes et dégradantes des vidéos porno. Le délai pour se mettre en conformité avec les exigences législatives expirant, Aylo a préféré l’écran noir, agitant des arguments d’une mauvaise fois abyssale : il y aurait entrave à la vie privée et la protection des données personnelles serait en jeu.
En réalité, le « référent technique » élaboré par l’ARCOM et la CNIL, un système de double anonymat, offre toutes les garanties de sécurité et ne vise qu’à éliminer les mineurs, pas ficher les majeurs. Mais les diffuseurs ne veulent pas se priver de tous les jeunes consommateurs et même de beaucoup adultes apeurés par le contrôle mis en place. Les ressources publicitaires étant directement indexées sur le nombre de « clients », des sommes énormes sont en jeu. L’indignation de l’industrie porno n’est qu’une affaire de gros sous.
En effet, la France rapporte beaucoup. Elle est le quatrième pays au monde le plus consommateur de porno et le deuxième sur Pornhub. Un gros tiers des adultes, selon l’Arcom, regardent ces images, mais aussi, dans la même proportion les mineurs (jusqu’à la moitié des 11-12 ans et les deux-tiers des 16-17). Une manne pour l’industrie porno-criminelle, inquiète non seulement d’être visée par la régulation française mais d’être aussi (enfin !) dans le collimateur de la Commission européenne sur le sujet des mineurs.
La contre-attaque par suspension de la diffusion et appel à la protestation est étrange. L’entreprise se prive ainsi de ressources importantes et n’a guère de chances de voir les autorités caler. On n’imagine pas des manifestations d’utilisateurs défiler avec des banderoles réclamant qu’on leur rende leurs vidéos porno et qu’on permette aux mineurs d’y accéder ! S’il y a un sujet de consensus dans la société, c’est bien la protection des plus jeunes d’images catastrophiques qui leur servent trop souvent d’éducation sexuelle.
La réaction du gouvernement est bienvenue. Tous les ministres concernés ont tenu bon et se sont réjouis de la disparition du paysage des sites suspendus sur le thème « Bon débarras ! ». L’industrie porno n’a sans doute pas dit son dernier mot et ne renoncera pas à ses milliards sans continuer le combat. Mais une prise de conscience a eu lieu. Et pour la première fois, malgré les difficultés, la France, avec l’aval de l’Union européenne, a élevé un barrage face à une industrie qui fait des ravages. Assez rare pour être salué !



