Défendre Brigitte Macron… et les autres

par Laurent Joffrin |  publié le 28/10/2025

L’indigne campagne de dénigrement dont est victime l’épouse du président de la République mérite une sanction exemplaire. Mais on doit craindre que l’absence honteuse de régulation des réseaux sociaux empêche la justice d’agir.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Avec une irresponsabilité goguenarde – ou une vicieuse malignité – les prévenus du procès intenté par le couple Macron contre un harcèlement imbécile ont multiplié les déclarations grotesques. Il s’agirait, disent-ils, d’une expression légitime, formulée à la manière d’un journal satirique. Misérable invocation : les diffuseurs de cette rumeur insensée – Brigitte Macron serait en fait son frère Jean-Michel ayant changé de genre (lequel frère existe réellement comme chacun peut le vérifier, ce qui réfute par définition la rumeur) – prétendent, non pas faire rire, mais convaincre le public que le couple Macron est composé de deux menteurs d’État qui auraient caché au citoyen la réalité de leur identité, le tout assaisonné d’une accusation de pédophilie sans aucune preuve.

Rien de satirique dans ces élucubrations complotistes : il s’agit d’une accusation gratuite mondialement diffusée par des réseau complotistes avérés, aux relents transphobes et diffamatoires, présentée non comme une satire, mais comme une information sensationnelle qui démontrerait une nouvelle fois la corruption des élites démocratiques. Les accusés invoquent « la liberté d’expression ». Mais cette liberté protège les informations et les opinions et non les mensonges grossiers perpétrés avec une très claire intention de nuire. On ose espérer, donc, que la justice choisira de sanctionner un harcèlement planétaire, organisé pour discréditer la présidence et, à travers elle, la France elle-même, qui aurait toléré la présence à l’Élysée de deux menteurs au long cours, dont une pédocriminelle.

La question va bien au-delà du sort de ces minables diffamateurs. C’est en effet la puissance destructrice des réseaux sociaux qui est une nouvelle fois sur la sellette. Très inférieurs à leurs devoirs, les pouvoirs publics ont en effet, pendant des décennies, refusé de réguler sérieusement la diffusion numérique, laissant croître sans réagir un « monstre communicationnel » qui exerce maintenant ses ravages sans aucun frein, sinon des législations insuffisantes, instaurées bien trop tard pour avoir une chance d’être respectées. Alors même que cette législation existe depuis plus d’un siècle à la satisfaction de tous pour encadrer, dans la liberté, l’activité des autres médias.

Cette législation repose sur un principe simple, accepté dans toutes les démocraties : l’expression est libre, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. Qui ne voit, dans cette affaire Brigitte Macron, qu’il s’agit bien d’un abus, fondé sur le mensonge et le préjugé, dirigé contre une femme honorable, quelles que soient les critiques qu’on peut adresser à la politique de son mari ? Et combien de victimes moins connues ou anonymes comptera-t-on, sacrifiées par les multinationales du numérique à leur obsession du profit rapide ? Des victimes dont l’existence est empoisonnée par les meutes en ligne, parfois jusqu’au meurtre ou au suicide, dans le seul but de remplir les poches des actionnaires des géants de l’Internet ? Faute d’une réaction adéquate des gouvernements, nous sommes tous, désormais, menacés par ces réseaux sociaux qui se changent si facilement, sous l’effet du complotisme et de la haine en ligne, en internationales de la calomnie.

Laurent Joffrin