Delafosse disperse l’opposition façon puzzle

par Boris Enet |  publié le 19/01/2026

La septième ville de France y voit désormais plus clair. Dans une longue interview accordée à nos confrères de Midi Libre, le maire socialiste de Montpellier sort du bois, tandis que la concurrence peine encore à se structurer.

Michaël Delafossse, Maire de Montpellier. Le 1er décembre 2025. (Photo de Carine Schmitt/Hans Lucas via AFP)

Elle était attendue. La déclaration officielle de Michaël Delafosse rassure la gauche locale autant qu’elle refroidit les ambitions de nombreuses oppositions déclarées. Le maire de Montpellier s’appuie sur un bilan solide pour briguer un nouveau mandat : investissements assumés dans le quartier populaire de la Mosson, gratuité des transports, extension du réseau de tramway et des mobilités douces, mise en place d’un bouclier social, création d’une mutuelle communale, adoption d’un plan local d’urbanisme intercommunal apaisant les relations au sein de la métropole et sanctuarisant le patrimoine arboricole. Les acquis sont nombreux.

Pour une ville de 310 000 habitants à la tête d’une métropole deux fois plus peuplée, capable d’intégrer rapidement de nouveaux habitants, la transformation urbaine engagée rappelle, par son ambition, les grandes heures d’un illustre prédécesseur, maire bâtisseur et visionnaire : Georges Frêche.

Une élection n’est pourtant jamais un long fleuve tranquille. Malgré le rassemblement de la gauche démocratique et républicaine et des écologistes désormais dissociés de la formation de Marine Tondelier, la stratégie bien connue de LFI, visant à faire tomber les exécutifs sortants de gauche, se déploie également à Montpellier.

La députée insoumise de la deuxième circonscription, Nathalie Oziol, adepte des outrances répétées et fidèle épigone de Jean-Luc Mélenchon, accuse un retard de près de vingt points dans les sondages face au maire socialiste. Elle tente désormais, non sans difficulté, un rapprochement avec une figure bien connue de la vie politique locale, Jean-Louis Roumégas, lui aussi député, lui aussi candidat de la « rupture » sous l’étiquette EELV, et qui flirte avec le seuil critique des 5 %. qui donne accès au conseil municipal. Les observateurs les plus scrupuleux rappellent volontiers un parcours politique pour le moins sinueux, fait d’ambitions contrariées depuis près de vingt-cinq ans, alors même que le bilan écologique de la mandature actuelle est salué bien au-delà du Languedoc.

Les droites dans l’impasse

À droite, les candidatures et alliances demeurent tout aussi incertaines. Isabelle Perrein, notaire montpelliéraine, ne dépasse pas les 10 % dans les intentions de vote. Il n’en fallait pas plus pour susciter le retour de deux figures connues. La première est désormais déclarée : Mohed Altrad, milliardaire et président du club de rugby, a annoncé sa candidature la semaine dernière. Il s’était illustré lors du précédent scrutin par une alliance hétéroclite avec les Insoumis locaux, accompagné d’un populiste notoire, dans une confusion idéologique restée dans les mémoires. Libération avait alors qualifié cette campagne de « plus folle de France ». On oublie souvent de rappeler que l’intéressé ne jugea pas utile de siéger au conseil municipal avant d’en démissionner rapidement.

Le second revenant n’est autre que Philippe Saurel, maire de Montpellier entre 2014 et 2020, ancien socialiste aux convictions fluctuantes, dont les habitants se souviennent pour une forme d’inaction assumée, résumée par l’adage consistant à ne rien faire pour éviter toute erreur. Quelle combinaison émergera cette fois de ce jeu politique éparpillé ? Nul ne peut le prédire, tant les protagonistes semblent désaccordés.

Même le camp nationaliste parvient à se diviser. France Jamet, figure historique du lepénisme local et fille d’un proche de Jean-Marie Le Pen, est désormais concurrencée par un autre militant national-populiste sans investiture officielle. Ses premières prises de position consistent à critiquer les signalements du maire au procureur visant à lutter contre le blanchiment d’argent lié à de fausses épiceries de nuit. Un positionnement pour le moins déroutant.

Au regard de la configuration électorale et du bilan du maire sortant — dont les convictions laïques, sociales et républicaines sont largement reconnues — il est permis d’envisager une reconduction de la gauche à Montpellier. Une exception notable dans le Midi, où la ville cultive depuis le printemps 1977 un attachement durable à une identité politique singulière. Un enjeu qui dépasse la seule élection municipale : pour la deuxième métropole d’Occitanie, Michaël Delafosse pourrait bien jouer un rôle structurant dans la recomposition de la gauche républicaine à l’approche des prochaines échéances nationales.

Boris Enet