Dermatose bovine : le Waterloo des obscurantistes

par Laurent Joffrin |  publié le 21/02/2026

Comme l’avaient annoncé les scientifiques, les vétérinaires et les autorités politiques, l’abattage systématique des troupeaux contaminés par la dermatose nodulaire a porté ses fruits. Au Salon de l’agriculture qui s’ouvre, les « antisystèmes » à front bas auront-ils la décence de reconnaître leur erreur ?

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Le Salon de l’agriculture qui s’ouvre ce week-end : on attend les excuses de la Confédération paysanne, de la Coordination rurale, du Rassemblement national, de La France insoumise, des antivax et de tous les Cassandre de l’irrationnel, de tous les croisés de l’obscurantisme.

Contrairement à ce qu’ils avaient annoncé et à l’inverse des revendications absurdes des manifestants se croyant supérieurs en science parce qu’ils étaient juchés sur des tracteurs, la stratégie mise en place par les pouvoirs publics — conseillés par les scientifiques et la profession vétérinaire — vient de remporter un succès sans appel. En abattant les troupeaux contaminés (moins de 4 000 bêtes abattues alors qu’on en tue plus de quatre millions par an à des fins de consommation), en vaccinant les vaches risquant la contamination et non les autres, le gouvernement, appuyé par la FNSEA, principal syndicat agricole, a réussi à éradiquer la dermatose nodulaire en France.

Aucun nouveau cas depuis janvier

Comme l’annonce le journal Le Monde, aucun nouveau cas de cette maladie n’a été identifié depuis le 2 janvier et la vaste campagne de vaccination lancée en décembre 2025 dans le Sud-Ouest a permis de protéger la quasi-totalité des bêtes.

Et pourtant, que n’avait-on entendu ! Dans une étrange coalition entre la Confédération paysanne, syndicat écolo hostile à l’agrobusiness, et la Coordination rurale, bras armé du RN en milieu paysan, ces révoltés de la gauche et de la droite radicales s’étaient alliés pour fustiger des autorités politiques « coupées de la réalité du terrain », la FNSEA vendue aux capitalistes de l’agrobusiness, l’establishment parisien qui méprisait le peuple, etc.

Cette vaste insurrection de l’irrationnel et de l’émotionnel, utilisant à des fins idéologiques l’indignation compréhensible des éleveurs contraints d’abattre leurs troupeaux, avait impressionné le monde médiatique, alors même que les spécialistes, les fonctionnaires du ministère aguerris aux épizooties, les vétérinaires dévoués au monde paysan jugeaient que l’abattage des troupeaux contaminés, aussi dramatique qu’il fût, était la seule solution rationnelle pour combattre la dermatose, comme le démontrait l’exemple des pays étrangers ou celui de la Savoie. On avait alors mis en scène une controverse entre les pro-abattage et les antis, ce qui revenait à tenir un débat équitable entre ceux qui pensent que la Terre est ronde et ceux qui la voient plate.

Une épizootie évitée

La raison a fini par l’emporter. En abattant les troupeaux contaminés, on a évité à la France une vaste épizootie qui aurait tué des centaines de milliers d’animaux, désorganisé la filière de l’élevage et mis la France au ban des exportateurs de viande, ruinant ainsi des milliers d’agriculteurs.

Mais, bien sûr, cette victoire de la science et de la rationalité, alors même que l’offensive des obscurantistes a occupé le devant de la scène pendant une partie de l’hiver, fera tout juste quelques papiers dans les journaux et les émissions les plus honnêtes, relégués dans les pages spécialisées. Ainsi va le débat public en ces temps de vérités alternatives et de trumpisme médiatique.

Laurent Joffrin