Dick Cheney : silence mortel au Parti républicain
L’absence de réaction du Parti républicain à la mort de Dick Cheney, ainsi qu’à la dernière outrance de Trump qui appelle à l’exécution d’opposants démocrates, en dit long sur la déliquescence du « Grand Old party » de Lincoln, Eisenhower ou Reagan.
Le 20 novembre, l’Amérique enterrait l’ancien vice-président républicain Dick Cheney. Le même jour, Trump, non convié à la cérémonie, qualifiait sur les réseaux sociaux certains démocrates de « traîtres », coupables selon lui de « comportements séditieux passibles de la peine capitale ». Leur crime : avoir rappelé aux soldats qu’il était de leur devoir de refuser des ordres illégaux. Dans un pays saturé d’armes à feu et polarisé comme il l’a rarement été depuis la guerre de Sécession, les propos de Trump sont d’une exceptionnelle gravité, d’abord pour l’intéressé. Si une partie de sa base se détourne de lui, la majorité lui demeure fidèle et prête à tout pour lui, y compris au pire.
La preuve de ce soutien à Trump se trouve dans le silence assourdissant des républicains, encore apeurés par Trump et par sa base qui ne saurait pardonner le moindre écart dans le soutien au grand homme. Celui-ci est d’autant plus irascible qu’il sent sa mainmise sur une partie de ses troupes s’affaiblir. Il pourrait ainsi tester la loyauté de son camp à sa personne et l’enjoindre à resserrer les rangs dans un moment difficile. Recourir à l’outrance est un bon moyen d’y parvenir. Cette volonté d’hystériser le débat répond surtout à une composante essentielle du trumpisme : la rage et la colère contre l’« autre », qu’il soit immigré, démocrate, woke, transsexuel. Trump sait que pour remobiliser une base déroutée par l’affaire Epstein et les difficultés économiques, rien n’égale un propos outrancier contre les « cinglés d’extrême-gauche » que sont d’après lui les démocrates.
Cette rhétorique irresponsable pourrait conduire à un nouveau drame dans un pays encore traumatisé par l’assassinat du polémiste de droite dure Charlie Kirk, mais aussi l’attaque dont a été victime le gouverneur démocrate de Pennsylvanie, ou encore la tentative d’assassinat contre Trump lui-même il y a un an. Elle traduit surtout l’effondrement moral de ce qui fut un grand parti, le Parti républicain, aujourd’hui devenu un pathétique rassemblement d’élus apeurés et sans colonne vertébrale. La mort de Dick Cheney est aussi celle de ce parti, qui excommunia sa fille Lise Cheney pour le crime de lèse-majesté d’avoir préféré la fidélité à la Constitution à Trump en siégeant dans la commission d’enquête parlementaire sur l’attaque du Capitole le 6 janvier 2021.
Logiquement, Trump ne fut pas convié aux funérailles de Dick Cheney, alors que ses prédécesseurs démocrates l’étaient tous, malgré leurs divergences parfois radicales avec l’ancien vice-président de George W. Bush. Ces différences concernaient les politiques à mener, pas la nature du pays et l’opportunité d’en respecter ou pas sa Constitution et ses institutions. Le Parti républicain a répudié son héritage. Trop lâche pour s’opposer à un dirigeant prêt à provoquer un drame pour reprendre la main sur son camp et cacher ses propres échecs, il a tourné le dos à une certaine idée de l’Amérique. C’est cette idée qui est enterrée aujourd’hui en même temps que Dick Cheney.



