Discours sur l’état du mensonge
En principe, le discours annuel sur l’état de l’Union est l’occasion pour le président de rendre des comptes sur son action et de tracer des perspectives, en demandant au Congrès de légiférer sur ses priorités. En fait, ce fut un tissu de contre-vérités.
Dans son discours cette année, Trump a évoqué un âge d’or de l’Amérique. Un des nombreux mensonges proférés pour présenter un état du pays bien éloigné de la réalité. Il en a surtout profité pour continuer d’abîmer la démocratie américaine, y compris au cœur de son institution la plus symbolique, à l’occasion d’un événement solennel.
Les images de son discours sans le son donnaient une apparence de normalité : un président s’adressant au Congrès en présence de la Cour suprême et des corps constitués de l’armée. Mais il s’agissait d’un théâtre, de l’apparence de la normalité, d’une vision « Potemkine » de la démocratie américaine à laquelle beaucoup de députés, sénateurs ou juges, dont Trump attend la soumission complète, n’ont pas voulu donner de légitimité.
À cet égard, l’absence de cinq juges de la Cour suprême (sur les neuf que compte l’institution) est bien plus significative que celle des élus démocrates, qui peut être vue dans le contexte de la bataille politique. Par rapport à cette résistance, l’obédience des élus républicains acceptant leur obsolescence avait quelque chose de pathétique.
En fait, la présence de Trump s’adressant au Congrès est aussi incongrue que celle de Poutine à un colloque sur les bienfaits de la démocratie libérale ou de Sarkozy sur les bienfaits d’une justice indépendante en démocratie.
Immigration, élections et guerre culturelle
En ce qui concerne le discours lui-même, Trump a eu recours à ses mensonges traditionnels et aux thèmes qui lui ont si bien réussi lors de l’élection 2024 : la « triche » des Démocrates lors des élections, la guerre culturelle avec notamment les transgenres, et l’immigration, malgré le recul partiel enregistré au Minnesota, des promesses intenables (et non tenues à date) sur l’économie, et enfin le retour du leadership des États-Unis.
Dans son monde, sa vérité est la vérité, ses électeurs sont les seuls légitimes à voter et ses adversaires sont des ennemis résolus, des dépravés comme les transsexuels, etc. L’économie est donc florissante, l’inflation maîtrisée et la paix mondiale revenue grâce à son action. Dans une démocratie Potemkine, Trump vend à ses électeurs la réalité alternative qui lui convient : l’âge d’or américain vanté par Trump est en plaqué, dans un monde en paix illusoire.
Tout (ou presque) est faux, et le mensonge sert des objectifs bien réels. Il sert à habiller une réalité économique morose et à instiller la peur chez les électeurs des immigrés ou des transgenres, et surtout à priver des millions d’Américains, surtout des femmes, des minorités et des pauvres (électeurs démocrates), de leur droit de vote, sous le prétexte de fraudes imaginaires qui lui auraient coûté l’élection de 2020.
Une démocratie fragilisée
À aucun moment il n’a montré sa volonté d’étendre son assise populaire, car son souhait est moins de convaincre et de gagner les élections que de les délégitimer et d’empêcher ses opposants de voter pour rester au pouvoir. L’affrontement est donc inévitable pour assurer la survie de la démocratie américaine, qui redevienne forte et pas uniquement une façade présentable avec de beaux restes, mais minée de l’intérieur par un président prêt à tout pour rester au pouvoir.



