Donald Corleone

par Laurent Joffrin |  publié le 09/12/2025

Doctes ou effrayés, savants ou complaisants, les exégètes se pressent pour interpréter le document stratégique américain rendu public le week-end dernier. Inutile exercice. En fait, les principes de Trump ont été édictés, il y a bien longtemps, dans le chef d’oeuvre de Coppola.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Donald Trump a-t-il vu Le Parrain ? L’a-t-il appris par cœur ? En observant sa politique à l’aune des maximes de Don Corleone et ses amis mafieux, on s’en persuade aisément. Voici les cinq citations qui définissent la politique trumpienne.

« Je crois en l’Amérique ». C’est la première phrase du film, prononcée par un affidé du parrain qui vient lui demander son aide, dans une anticipation prophétique du slogan « Make America great again ». L’Amérique de Trump, c’est celle de Don Corleone : ambition, violence, argent, rapports de force.

« La finance est une arme. La politique, c’est savoir quand il faut tirer ». Dans Le Parrain III, un homme politique véreux livre cet aphorisme à Michael Corleone. Trump l’avait déjà adopté : c’est l’argent qui est sa première arme, celui qu’il a ou celui qu’il emprunte et qui lui permet de financer le début de son ascension, puis celui qu’il gagne comme président en faisant passer, comme les élus présents dans le film, son intérêt avant celui de la nation.

« Je lui ferai une offre qu’il ne pourra pas refuser ». On parle souvent de « l’art du deal » pratiqué par le président américain. La vérité est plus simple : quand il est le plus fort, Trump fait comprendre à son interlocuteur qu’un refus de se soumettre lui coûtera trop cher. Ainsi a-t-il agi avec les pays plus faibles, les Européens par exemple, qui doivent accepter ses oukases commerciaux et ses ingérences politiques léonines sans pouvoir même protester, trop heureux d’avoir évité le pire.

« Ce sera votre cervelle ou votre signature qui paraphera le contrat ». L’ultimatum de Don Corleone, rapporté par Michael à sa femme Kay, traduit exactement l’injonction trumpienne faite à Volodymyr Zelensky dans la négociation avec la Russie. Le président ukrainien résiste, mais il vit sous cette menace mortelle : s’il s’oppose frontalement à Trump, celui-ci mettra fin à l’aide américaine, ce qui sera pour lui un arrêt de mort.

« Ce n’est pas personnel, c’est seulement du business ». Trump affecte le plus souvent la plus grande cordialité avec ses interlocuteurs, comme il le fait avec Emmanuel Macron ou d’autres leaders des pays en principe alliés. Mais ceux-ci savent que ces relations personnelles ne signifient rien. Quand il l’estime nécessaire, sans se départir de son ton familier, Trump sort son pistolet et tire. Rien de personnel…

Au fond, Mario Puzo et Francis Ford Coppola, l’auteur du livre et le réalisateur, sans le savoir, ont mis au chômage la plupart des « think tanks » de politique étrangère. Désormais, foin des subtilités géopolitiques : tout est dans Le Parrain.

Laurent Joffrin