Donald fric
Dans un festival de conflits d’intérêt, la famille Trump s’enrichit massivement grâce à la présence du patriarche à la Maison-Blanche. Le tout au nom de la révolte des classes pauvres des États-Unis.
« Nous tenons la place : il faut faire une fortune immense, une immense fortune. » Ce mot de Talleyrand, prononcé à sa nomination et rapporté par Benjamin Constant, couvrait une pratique bien réelle : financier habile, le ministre des Affaires extérieures de Napoléon sut parfaitement faire argent de son poste, vendant sa grande influence sur la politique de l’Empire à des intérêts privés ou à des puissances étrangères.
Donald Trump connaît-il Talleyrand ? On en doute mais peu importe : il a d’instinct adopté le mot d’ordre du retors prince de Bénévent, à qui Napoléon dit un jour qu’il était « de la merde dans un bas de soie ». C’est ainsi que le président américain a accepté du Qatar, avec lequel les États-Unis entretiennent d’étroites relations, un avion destiné à remplacer les deux Boeing d’Air Force One et dont le prix est estimé à 400 millions de dollars. Le président a promis qu’il ne s’en servirait plus quand il aurait quitté la Maison-Blanche et qu’il le léguerait à sa bibliothèque présidentielle, comme avait fait Ronald Reagan. Mais rien ne l’empêchera de changer d’avis…
Tel n’est pas l’essentiel : le vrai scandale réside dans le comportement des fils Trump, Donald Jr et Eric, qui gèrent la Trump Organization, propriétaire des biens de la famille. Le New York Times a publié sur ce sujet une enquête édifiante. En usant de leur patronyme comme d’un sauf-conduit, ceux-ci ont parcouru l’Europe et le Proche-Orient depuis le retour de leur père aux affaires, pour promouvoir la marque immobilière Trump et faire fructifier leur business de cryptodevises.
En émettant des pièces de cryptomonnaie à son effigie, le président leur a permis d’amasser des sommes considérables qu’ils font fructifier en collaboration avec les fils Witkoff, dont le père, autre magnat immobilier, a été nommé par Trump envoyé spécial pour la politique étrangère. Aussi bien, comme le mentionne Le Monde, les fils Trump ont tissé des liens fructueux avec les intérêts saoudiens. Le 30 avril, avec une autre firme d’investissement, la Trump Organization a aussi rendu public le projet d’une tour de luxe de 80 étages, à Dubaï, aux Émirats arabes unis, soit un investissement de 1 milliard de dollars.
La bouche en cœur, la porte-parole de la Maison-Blanche a expliqué que tout cela ne posait aucun problème de conflit d’intérêt, dès lors que Donald Trump ne se mêlait pas des affaires de ses fils. Pourtant, une fois son mandat achevé, il sera par définition le bénéficiaire de ces opérations marquées du sceau évident d’un honteux mélange des genres. Ce qui n’a pas empêché le même Donald Trump de mener naguère une campagne indignée contre les agissements en Ukraine du fils de Joe Biden.
Le mouvement MAGA, dit-on souvent, est une réaction anti-élites née au sein des classes populaires américaines. À cette nuance près : ces électeurs pauvres dénoncent toutes les élites, du savoir, de la science ou du journalisme, sauf celles de l’argent. Mieux : ils leur permettent, avec une imbécile candeur, de se remplir les poches sans vergogne une fois arrivés au pouvoir.



