Drapeau palestinien : les vraies raisons de la discorde
Pour se prémunir de leurs extrêmes, LFI et RN, le PS et les LR ont fait du drapeau palestinien l’emblème d’un affrontement électoraliste qui gâche l’effet politique bénéfique d’une décision historique que les Français approuvent à 53 % : la reconnaissance de l’État de Palestine.
Quelle hystérie s’est donc emparée d’eux ? Alors qu’Emmanuel Macron s’apprête à prononcer un discours fondateur au siège de l’ONU à New-York, pour annoncer que la France reconnaît l’État de Palestine, voici que nos hommes politiques se déchirent pour savoir si oui ou non… il faut pavoiser ce jour-là nos mairies avec le drapeau palestinien.
A gauche Olivier Faure, l’a recommandé, en signe de soutien à la décision historique de la France. A droite Bruno Retailleau, cherche à tout prix à l’empêcher arguant du fait que ce serait une entorse à la neutralité du service public, voire à la laïcité (sic). Au lieu d’un débat de fond sur l’utilité qu’il y a pour la diplomatie française à rejoindre les 140 pays sur 191 qui se sont déjà prononcés en faveur de la création d’un État de Palestine, on outrage les mouches pour savoir quelle jurisprudence adoptera le Conseil d’État et s’il acceptera, ou pas, de laisser les drapeaux palestiniens flotter ce 22 septembre sur le fronton de nos mairies qui en auront fait le choix.
Cet étripage, par média interposés, gâche les retombées nationales d’une belle action d’Emmanuel Macron que les Français approuvent pour une fois à 53%. Par leur guerre picrocholine, Olivier Faure à gauche et Bruno Retailleau à droite, réduisent cette grande cause juste à de la petite politique politicienne.
Qu’on en juge ! Au siège de l’ONU à New-York, le président de la République explicitera les raisons pour lesquelles la France reconnaît l’État de Palestine. Il arguera que la guerre meurtrière que mène Israël à Gaza depuis le 7 octobre est sur le point d’interdire toute chance qu’une solution à deux États advienne un jour. Il dira que c’est la seule façon d’obtenir un cessez-le-feu et d’intensifier la pression pour qu’Israël mette fin à la destruction de la population civile de Gaza. Il démontrera que la décision est assortie d’une victoire préalable : l’obtention d’une condamnation claire et ferme du Hamas, y compris de la part de pays comme la Turquie, l’Arabie Saoudite ou la Ligue arabe. Il rappellera qu’il a déclenché dans son sillage l’adhésion de dix pays supplémentaires dont le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie ou le Portugal. Et il promettra enfin qu’il ouvre avec MBS, le prince héritier saoudien qui le soutient, la possibilité d’une reconstruction raisonnable de la bande de Gaza, propre à réactiver un accord, dit Abraham 2, qui stabiliserait le Proche-Orient.
Face à ces avancées majeures, Faure et Retailleau jouent apparemment à fronts renversés : le premier soutient la reconnaissance de l’État de Palestine et par la même occasion Emmanuel Macron qu’il a l’habitude de combattre ; le second donne le sentiment de s’opposer à lui alors qu’il souhaite être reconduit dans son prochain gouvernement. Ubuesque ? En réalité, Faure et Retailleau jouent tous deux la même partition, celle de se protéger de leurs extrêmes.
A gauche, Olivier Faure coupe l’herbe sous le pied de LFI en chassant sur ses terres traditionnellement propalestiniennes. A droite, Bruno Retailleau adopte la posture du RN d’aboyer contre toute initiative qui aille dans le sens des musulmans de France. Au moment où le Parti socialiste et Les Républicains envisagent un compromis avec Sébastien Lecornu sur le budget, ils se prémunissent ainsi tous deux à l’avance d’un procès en compromission que leur feront inévitablement les extrêmes, LFI et le RN, s’ils devaient in fine y parvenir. A quelques mois des élections municipales, cruciales pour le PS et pour LR qui détiennent historiquement la plupart des mairies, cette radicalisation de leurs déclarations sur le drapeau palestinien est destinée à leur éviter les critiques de leurs électeurs les plus radicaux.
C’est ainsi que la reconnaissance de l’État de Palestine, un dessein qui vient de loin et qui redonne de la fierté à ses partisans, se transforme en bataille électoraliste de bas étage qui fracture au sein même du Parti socialiste où un Jérôme Guedj qui porte l’emblème des juifs de France a combattu sur ce sujet Olivier Faure.
Bruno Retailleau obtiendra-t-il des préfets qui saisiront les juges du Conseil d’État de faire enlever d’urgence les drapeaux palestiniens du fronton des mairies qui l’arboreront ? Rien n’est moins sûr. Ce fut certes le cas pour des drapeaux martiniquais, israélien ou palestinien mais cela a pris du temps. Surtout, le drapeau ukrainien est resté autorisé pour des raisons humanitaires et parce qu’il est en phase avec la politique internationale de la France, ce qui enlève l’argument de l’entrave à la neutralité des services publics.
Gageons qu’une fois l’État de Palestine reconnu par le Président de la République, les juges auront du mal à trouver les arguments juridiques pour ne pas adopter la même position pour le drapeau palestinien.



