Droite : la machine à perdre

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 10/02/2026

Trop-plein de candidats pour 2027, divisions sur l’attitude à tenir envers le RN : le camp libéral risque d’être absent du second tour.

Photomontage. Le secrétaire général de Renaissance, Gabriel Attal (au centre), le maire du Havre Édouard Philippe (à gauche), le ministre de la Justice Gérald Darmanin (à droite), lors d'une réunion du parti Renaissance, le 6 avril 2025. (Photo Thomas Samson / AFP)

Un replay de La Fureur de vivre : c’est ce que vit la droite, dont plusieurs candidats sont lancés dans la course à la présidentielle et devront sortir de leur voiture juste à temps pour ne pas verser dans le précipice. En effet, si tous les champions de la droite et du centre vont jusqu’au bout de leur ambition, ils finiront écrasés au pied de la falaise. Sauront-ils sélectionner moins dangereusement un seul d’entre eux pour porter leurs couleurs et avoir une chance d’être présent au second tour ? N’est pas James Dean qui veut…

Une droite menacée par la surenchère des candidatures

C’est très mal parti. Gérald Darmanin vient de sonner le tocsin : « Nous avons un risque extrêmement important de ne pas être au second tour de l’élection présidentielle. À ce stade, c’est le scénario le plus probable », a-t-il prédit sur Franceinfo ce 10 février. Le garde des Sceaux craint même l’élimination totale du paysage politique : « La droite et le centre ne seront ni dans la majorité, auprès du président de la République, ni dans l’opposition, puisqu’elle sera alors LFI. La situation est particulièrement dramatique ».

Exagéré ? Il n’est pas seul à s’inquiéter. Tout le monde à droite a conscience de la gravité du problème, tout en l’empirant chaque jour un peu plus. Comme disait Bossuet, « les hommes déplorent les effets dont ils chérissent les causes ». En l’occurrence, chacun déplore la multiplication des candidatures mais tente néanmoins sa chance. Il n’est guère une semaine qui passe sans qu’un personnage ne s’ajoute à la liste déjà longue des prétendants !

Primaire refusée, sondages espérés : une méthode introuvable

Chez les chefs de parti, Édouard Philippe avait ouvert le bal, avant d’être rejoint sur la piste de danse par Gabriel Attal, qui ne fait plus mystère de ses intentions, et Bruno Retailleau, dont l’entrée en lice est enfin officielle. Ils devront compter avec un Xavier Bertrand droit dans ses bottes, un David Lisnard déterminé, un Michel Barnier embusqué, et tant d’autres qui se disent « pourquoi pas moi ? », y compris Gérald Darmanin lui-même, à l’affût malgré ses appels à l’union… Le général de Gaulle avait bien dit : « Après moi, ce ne sera pas le vide, ce sera le trop-plein ». Cela n’a jamais été aussi vrai.

Car personne n’est d’accord sur la méthode qui départagerait les concurrents. Philippe, Attal et Retailleau refusant une primaire, les plus optimistes espèrent que les sondages feront leur œuvre et qu’un candidat naturel apparaîtra, faisant renoncer les moins bien placés au profit du lauréat des enquêtes d’opinion. Mais ce juge de paix peut ne pas être déterminant si les citoyens sondés ne se livrent pas à un pré-vote utile dans les sondages. Et la décantation peut se faire très (trop ?) tard, empêchant un rassemblement gagnant.

Certes, il est probable que les « petits » candidats se désistent en route. Mais ceux qui possèdent une machine partisane auront mis en route une vraie campagne avec, à la clé, d’importants prêts bancaires et un matériel électoral coûteux. Comment rétropédaler ? Ce sera d’autant plus difficile d’arrêter les bolides en piste que le ticket d’entrée à la compétition sera peu élevé. L’abondance de candidats dans tous les camps peut abaisser la barre à 15 %, voire moins. De quoi favoriser les vocations.

Le RN tente un « Tout sauf LFI »

La droite n’a pas que ce problème de surpopulation de candidatures. Elle est minée par le défi lancé par le Rassemblement national. Jordan Bardella vient de lui tendre la main en inventant un front républicain à l’envers, « Tout sauf LFI », supposé réunir tous les ennemis du parti de Jean-Luc Mélenchon, opportunément classé à l’extrême gauche par le ministre de l’Intérieur. Le mistigri de l’extrémisme étant passé aux Insoumis, les conservateurs sont priés de s’allier au RN pour contrer le nouveau diable.

Les municipales seront un laboratoire pour ce nouveau « front ». Sur le terrain, des alliances se préparent dans de nombreuses localités. Les électeurs de LR sont eux-mêmes majoritairement favorables à ce rapprochement avec le RN. Rares sont les dirigeants, comme Xavier Bertrand, qui s’opposent fermement à cette rupture du « cordon sanitaire ». Les procès en trahison – ou en arrière-pensées – ne manqueront pas d’envenimer la pré-campagne présidentielle. La droite, décidément, n’est pas rendue. Une leçon – et une chance – pour le camp social-démocrate ?

Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse