Droits de douane : la démocratie résiste à Trump
La décision de la Cour suprême sur les droits de douane rappelle la résilience, certes incertaine, des institutions démocratiques américaines face à un président se voulant tout-puissant. Trump intégrera-t-il les limites de son pouvoir ? Rien n’est moins sûr.
Au-delà de sa brutalité et de sa grossièreté, de son mépris des règles et des normes ou de son incompétence et de son ignorance, la xénophobie est la véritable matrice idéologique qui anime Trump, avec deux priorités : l’immigration et les droits de douane.
Obsédé (avant même son entrée en politique) par l’idée que les Américains seraient exploités par les autres, il a toujours vu les immigrés et les entreprises qui importaient aux États-Unis comme des parasites à combattre. Les droits de douane ont renchéri les produits et maintenu l’inflation à un haut niveau, malgré les promesses de Trump lors de la campagne de 2024, et semblent aussi avoir ralenti la croissance, comme l’atteste le chiffre du dernier trimestre 2025. Mais pour Trump, cette réalité ne compte pas par rapport à son amour des droits de douane, qui correspondent à sa vision paranoïaque d’un monde uni pour exploiter indûment les États-Unis.
Une décision aux lourdes conséquences institutionnelles
En ce sens, la décision de la Cour suprême est un camouflet terrible, équivalent à une décision du Conseil constitutionnel déclarant illégales les 35 heures de Martine Aubry ou les heures supplémentaires non fiscalisées de Nicolas Sarkozy.
Suivant les conseils de son mentor, l’avocat Roy Cohn, Trump n’admet jamais sa défaite et attaque toujours. C’est ce qu’il a fait en lançant une diatribe d’une violence sans précédent contre les juges ayant osé le désavouer, comme un parent confisquant le jouet préféré de son enfant roi. Trump est d’autant plus furieux et incrédule que deux des juges ayant rendu ce jugement ont été nommés par lui et que, dans une logique transactionnelle quasi mafieuse, il ne comprend pas le « devoir d’ingratitude » qu’évoquait Badinter devant Mitterrand à sa nomination à la présidence du Conseil constitutionnel en 1986.
Un rappel du rôle de contre-pouvoir
La décision de la Cour suprême sanctionne l’incompétence de cette administration, qui a utilisé un texte inadapté aux circonstances. Elle est fondamentale, car elle rappelle la persistance du contre-pouvoir de la justice, venant compenser l’abdication piteuse du Congrès sur l’une de ses prérogatives les plus essentielles : celle de lever l’impôt, ce que sont les droits de douane malgré les mensonges de Trump. Elle montre ainsi les limites du pouvoir d’un homme et d’une administration décidée à en finir avec les limites et les règles, sur le plan international comme sur le plan domestique.
Il serait illusoire de penser que Trump a compris la leçon et décidera d’être plus prudent : sa réaction du lendemain le montre. On peut même envisager une volonté impériale de rappeler son autorité, et il n’est pas exclu qu’il décide de déclencher une frappe, voire une guerre plus large contre l’Iran, à la fois par orgueil mais aussi pour défier le Congrès, seul habilité à le faire théoriquement.
Mais la reculade (partielle) de Trump sur les raids de l’ICE au Minnesota, sur son autre priorité, l’immigration, et cette décision de la Cour suprême montrent que la démocratie américaine, devenue illibérale par bien des aspects, résiste encore. Avec un Trump contrarié, humilié et vengeur, elle risque d’être attaquée encore plus violemment dans les semaines et les mois qui viennent.



