Droits de douane : Trump rompt la trêve

par Gilles Bridier |  publié le 06/09/2025

La condamnation par Bruxelles de Google pour abus de position dominante relance la confrontation avec Washington, qui veut imposer sa volonté à l’Europe.

Sergey Brin (à gauche) cofondateur de Google, Sundar Pichai (de dos à droite), PDG de Google assistent à un dîner organisé par Donald Trump pour les dirigeants du secteur technologique à la Maison Blanche, le 4 septembre 2025. (Photo SAUL LOEB / AFP)

Est-ce l’étincelle qui va remettre le feu aux poudres entre l’Union européenne et les États-Unis ? L’amende de trois milliards d’euros infligée à Google par la Commission européenne pour abus de position dominante dans la publicité en ligne a réveillé l’ire de Donald Trump. Pour la punir d’appliquer sa propre réglementation contre une entreprise américaine, il menace l’Europe de nouveaux droits de douane. Pourtant cette réglementation s’applique à toutes les entreprises dans tous les secteurs d’activité : on ne voit pas pourquoi l’une d’entre elles – même américaine – pourrait s’en exonérer.

Qu’importe ! Tout à son dessein de dominer le monde grâce à l’intelligence artificielle, et à la puissance de ses géants du numérique, le président américain a déclaré la guerre aux normes européennes qui les brideraient dans leur développement. Sous le coup de ces menaces, la Commission européenne avait semblé renoncer, le 1er septembre dernier, à poursuivre Google pour abus de position dominante dans la publicité en ligne, comme LeJournal s’en était fait l’écho. Et voilà que quatre jours plus tard, alors que le dossier avait été refermé, la sanction qui semblait envolée… retombe !

En réalité, la commissaire européenne à la concurrence, l’espagnole Teresa Ribera, n’a jamais renoncé à appliquer cette amende qui devait être annoncée en tout début de mois. Mais des dissensions peuvent naître dans le collège des commissaires. En l’occurrence, c’est Maros Sevcovic, le commissaire au commerce également chargé des négociations de l’Union européenne avec les États-Unis, qui a mis son veto et obtenu le report de la sanction. Depuis le piteux accord commercial du 27 juillet entre Donald Trump et Ursula Von der Leyen sur les droits de douane américain, on sait que la présidente de la Commission veut à tout prix éviter une confrontation transatlantique.

Le dossier Google aurait pu en rester là. Mais sous la pression d’une révélation du média indépendant MLex, spécialisé dans l’information juridique (et notamment la réglementation de la concurrence), il a été promptement réouvert pour éviter à Ursula Von der Leyen d’essuyer un feu nourri de critiques devant le Parlement européen. Le revers aurait été d’autant plus douloureux que l’abandon de la condamnation de Google semblait avoir été décidée en relation avec les autorités de Washington, révèle MLex. Cette incapacité de la Commission à défendre la souveraineté européenne face à l’administration Trump aurait été clouée au pilori par le Parlement : impossible. S’alignant sur la position de Teresa Ribera contre celle de Maros Sevcovic, la Commission a déclenché la colère de Donald Trump qui veut une nouvelle fois interférer dans la gouvernance de l’Europe pour imposer la prédominance des intérêts américains.

Qu’importe, pour le président américain, si l’amende de 3 milliards d’euros en question soit considérée comme légère au regard d’autres dossiers similaires sanctionnés par la Commission. Qu’importe si Google est poursuivi pour les raisons analogues aux États-Unis, ce qui révèle des problèmes de stratégie de l’entreprise dans un marché supposé concurrentiel. Pour Donald Trump, l’affaire est entendue: on ne touche pas aux Gafam ! Que l’Europe manifeste son indépendance réglementaire et juridique en appliquant ses propres normes est, pour lui, un outrage sur un dossier qui va prendre valeur d’exemple. Fort de ce soutien, Google doit faire appel de la condamnation. Pourtant, la Commission s’est voulue magnanime en ne lui réclamant pas de séparer son activité dans la publicité de son moteur de recherche, ce qu’elle aurait pu imposer.

L’Union européenne pensait avoir échappé à la confrontation avec les États-Unis en acceptant , fin juillet, les 15% de droits de douane américains sans contrepartie. Donald Trump relance déjà les hostilités.

Gilles Bridier