Du côté de Joffrin plutôt que du côté d’Attal

publié le 24/09/2025

Dans son discours de dimanche dernier, Gabriel Attal, chef du parti Renaissance, brossait le portrait du futur président qu’il souhaite devenir. Mémoire défaillante ou orgueil mal placé : décrivant son modèle dans un style qui se voulait gaullien, il a oublié le général de Gaulle. Trop vieux, sans doute…

Par Christine Clerc

Le secrétaire général du parti centriste Renaissance, Gabriel Attal, prononce un discours lors du meeting de fin d'été du parti à Arras, le 21 septembre 2025. (Photo FRANCOIS NASCIMBENI / AFP)

On aurait pu croire que, profondément humilié par Emmanuel Macron, Gabriel Attal allait prendre dimanche, lors de la fête de son parti « Renaissance », une sorte de revanche : en célébrant « un grand président », de Gaulle. Or, le trentenaire qui brigue désormais l’Élysée a apparemment le plus grand mal à manifester de l’admiration pour quiconque. Comme si sa devise était plutôt « Dehors, les vieux ! A moi la sixième République ! »

Mais peut-être m’étais-je trompée ? Peut-être la ridicule séance de sa transmission de pouvoirs à Matignon le 5 septembre 2024, lorsqu’il avait infligé à son successeur, le septuagénaire Michel Barnier – et à nous-mêmes – un interminable plaidoyer d’autosatisfaction, m’avait-elle laissé un souvenir trop marquant ?

Il faut parfois se méfier de soi-même. En écoutant dimanche le discours de Gabriel Attal au Parc Expo d’Arras, devant quelques 3000 à 4000 admirateurs scandant « A-ttal, pré-sident ! » dès qu’ il clamait « J’assume un changement profond ! » et hurlant jusqu’à l’extase « Ga-briel ! Ga-briel ! » dès qu’ il ajoutait « Dans notre République, on peut aimer qui on veut ! » je n’avais pas pu m’empêcher d’être à nouveau agacée. Quoi ? Une seule allusion au président de la République… pour souligner que « les Français attendent avec impatience 2027 ». Autrement dit : « Vivement qu’il s’en aille ! » Aucune référence au général de Gaulle. Ni à Georges Pompidou, son successeur dans les années « glorieuses », quand la croissance dépassa 5%. Pas un mot, enfin et surtout, sur la menace de guerre que fait planer la Russie sur notre Europe avec ses tirs de missiles et ses avions de chasse ! Pas un mot sur l’urgence de se réarmer et de se mobiliser pour notre survie alors que l’Amérique de Donald Trump nous lâche !

Mais peut-être quelques phrases du fougueux orateur m’avaient-elles échappé ? Je viens donc de réécouter avec attention son long discours dominical . Surprise : on pouvait penser que , pour nous montrer quel est son modèle à lui, Attal dresserait un portrait de « l’homme du 18 juin 40 » . Mais c’est un vieux classique usé, trop usé ! Le jeune ambitieux se contenta donc de le citer une seule fois, comme à regret. Non pour avoir, en 1940, sauvé l’honneur, mais « pour avoir sauvé la France en 1958 » lorsque le président René Coty l’appela à la tête du gouvernement. Ce rappel historique expédié, le futur candidat à l’Élysée s’empressait d’ajouter, afin de couper court aux applaudissements inopportuns de quelques vieux nostalgiques : « Il ne reviendra pas. Cessons donc de croire en l’homme providentiel !»

Quelques minutes plus tard, après avoir plaidé pour « l’idéal d’une France réinventée », l’orateur lançait sa glorieuse conclusion : « Libres ! Tous ensemble, nous y arriverons ! » Entre temps, une partie de la salle s’était vidée. Le ministre de la Justice Gérald Darmanin, qu’on sait ambitieux mais bon camarade, était resté pour applaudir. Mais Elisabeth Borne avait filé. Comme bon nombre des parlementaires attendus. Alors, Attal montait encore d’un ton : « Parce que nous sommes la France et que rien ne résiste au peuple français ! »

Quel dommage que le jeune ambitieux n’ait pas lu, le matin même, le remarquable édito de Laurent Joffrin dans Le Journal Info , commençant par « Si la Russie nous attaque… » Il aurait pu s’en inspirer et cela lui aurait donné une autre dimension ! « On a toujours tort, rappelle Joffrin, de ne pas écouter les dictateurs. Le plus souvent, ils annoncent ce qu’ils vont faire. En l’occurrence, Poutine joint le geste à la parole : les différents incidents aériens ces derniers jours en Roumanie, Pologne, Estonie, ne doivent rien au hasard ou à une erreur tactique… » Et l’éditorialiste socialiste de nous appeler à une « révolution copernicienne » : « Pendant des années, l’Europe s’est installée dans une culture toute pacifique, visant à encaisser les dividendes de la paix à l’abri du parapluie américain. Ce temps est révolu. Oui, la guerre est possible. Le meilleur moyen de l’éviter, c’est de la préparer. » N’est-ce pas du de Gaulle ? Lisez donc la suite : « Le rapport de forces, nous dit-on, est très défavorable face à une armée russe surpuissante. Rien n’est plus faux. Le PIB des Européens est dix fois supérieur à celui de la Russie » Conclusion « Ce n’est pas nous qui désignons l’ennemi, c’est l’ennemi qui nous désigne. C’est bien la Russie, allergique aux valeurs de liberté et de démocratie, qui a engagé un conflit au long cours avec l’Union Européenne, décadente à ses yeux, qu’elle cherche par tous les moyens à diviser et à soumettre…Tout cela n’a rien de réjouissant. Mais c’est la réalité. Et hors d’elle, comme dirait le général de Gaulle, « il n’y a pas de politique qui vaille » ! Attal devrait lire ce papier. Venant d’un historien de gauche passionné par la France, cette leçon de gaullisme l‘aiderait à prendre un peu de hauteur.