Du midi rouge au midi brun

par Boris Enet |  publié le 17/01/2026

Dans les anciennes terres républicaines du sud du pays, l’extrême-droite est à l’offensive pour les municipales, portée par une forte tendance nationale. Comme ailleurs, la gauche démocratique est menacée.

Marine Le Pen, présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national (RN), est venu soutenir Franck Allisio, candidat du RN à la mairie de Marseille, lors de sa campagne, le 16 janvier 2026. (Photo Miguel MEDINA / AFP)

Le dernier sondage national Verian pour Le Monde montrant que 42% des électeurs adhèrent aux thèses du Rassemblement national trouve une redoutable traduction dans la partie méridionale du pays. L’extrême-droite possède des places fortes sur la côte d’Azur : Fréjus, une partie des Bouches-du-Rhône, du Var et des Alpes-Maritimes, une hégémonie renforcée par l’alliance RN d’Éric Ciotti, qui guigne la mairie de Nice. Elle est également implantée depuis longtemps en Occitanie où, dans les terres languedociennes du Gard et de l’Hérault, les villes inférieures à 30 000 habitants sont un terrain de conquête pour les nationalistes. Même dans la partie ouest de l’Occitanie, les vieilles terres radicales-socialistes peinent à endiguer la marée brune.

Il y a d’abord les bastions de la droite radicale : Béziers, avec le chantre de l’union entre droite et extrême-droite Robert Ménard, sondé à près de 60%, auquel s’ajoute une candidature RN à 10 %, et Perpignan, seule ville supérieure à 100 000 habitants dirigée par la PME lepéniste. Là encore, Louis Aliot ne souffre d’aucune concurrence avec une réélection promise dans un fauteuil malgré ses ennuis judiciaires pouvant déboucher sur son inéligibilité.

Gauche fragmentée, droite affaiblie

Dans ces territoires, la gauche, quelle que soit son appellation, risque la marginalisation. Divisée entre une tradition républicaine et démocratique d’un côté et la faction radicale-populiste de l’autre, elle est cantonnée au rôle de commentatrice. Ces territoires périurbains lointains, déclassés, au carrefour d’un ancien prolétariat et d’une petite bourgeoisie en constante révolte fiscale, sont d’abord cimentés par les questions de sécurité et d’immigration volontairement reliées.

La droite jadis républicaine, ou ce qu’il en reste, est également en souffrance. Dans les Alpes-Maritimes, elle est en déconfiture dans plusieurs de ses anciens bastions. Dans le Vaucluse, l’extrême-droite lui dame le pion. À Nîmes, métropole modeste, le maire sortant Jean-Paul Fournier passe la main et la droite est menacée. À Marseille, longtemps fief de Jean-Claude Gaudin, la maire d’Aix-en-Provence, patronne de la métropole Aix-Marseille-Provence, Martine Vassal, n’est pas assurée de l’emporter face au sortant Benoît Payan, un pied au Parti socialiste, l’autre dans le marigot local afin de ne pas insulter l’avenir. Même à Toulouse, seule métropole prospère d’Occitanie, capitale européenne de l’aéronautique, la réélection de Jean-Luc Moudenc n’est pas totalement assurée malgré ses deux mandats précédents. Dans cette partie du territoire, d’est en ouest, des campagnes aux territoires les plus urbains, les anciens barons de la droite classique peinent à revendiquer l’étiquette Les Républicains et subissent les assauts de l’extrême-droite.

Les métropoles comme dernier rempart

A gauche, sans surprise, la résistance viendra des métropoles, malgré les attaques des populistes issus de la gauche. LFI a beau manier l’outrance, les invectives et parfois les calomnies, son réservoir de voix puisé dans les villes étudiantes risque de ne pas suffire, même les Insoumis comptent sur les populations françaises de confession musulmane que Mélenchon nomme « racisées ».

À Montpellier, le bilan de Michaël Delafosse, maire socialiste, est bien trop flatteur pour que Nathalie Oziol puisse le menacer, même avec le concours des écologistes insoumis-compatibles de Marine Tondelier. Si le match est plus ouvert à Toulouse, les villes moyennes et modestes qui constituaient l’assise du midi rouge s’affaissent inexorablement. Question de génération, de structuration sociale, d’effacement de la mémoire et d’inculture, comme le remarquait Bernard Attali dans nos colonnes il y a peu.

Bien sûr, à la faveur de très nombreuses triangulaires, la gauche républicaine pourra sauver quelques meubles. Mais la tendance est impérieuse. Dans l’Aude, la mythique circonscription de Léon Blum est aux mains des bruns, tout comme les autres bastions de la gauche républicaine. Carcassonne, Limoux, Narbonne sont des terres de conquête pour l’extrême-droite, où la gauche est devenue spectatrice.

À Carmaux, plus près de Toulouse, la mémoire ouvrière et celle du grand Jaurès ne parlent plus qu’aux plus anciens. Faute d’avoir renouvelé son logiciel, la « gauche cassoulet » survit difficilement sans pour autant céder à la meute de Mélenchon. Dans ces terres d’accueil et d’exil, souvent évoquées avec émotion par Carole Delga, présidente d’Occitanie, à quelques encâblures des Pyrénées espagnoles, la bataille pour la mémoire fait rage et se joue aussi sur le clavier idéologique.

Boris Enet