École : un ministre ose la vérité
Ancien patron de la Direction Générale de l’Enseignement Scolaire, Édouard Geffray connaît bien la maison… et la gravité réelle de sa situation. La parole du nouveau ministre de l’Éducation nationale a marqué les esprits au micro de France Inter.
Une situation de l’école « extrêmement inquiétante en termes de niveau, d’inégalités scolaires et sociales et de santé psychique et physique des élèves ». Vous ne rêvez pas, c’est bien le ministre de l’Éducation nationale qui dresse le constat sans détour d’un service public éducatif à bout de souffle. Si l’on discutera naturellement les solutions, saluons le courage de la lucidité, sans arrière-pensée ni contorsion. Nous l’avons suffisamment rappelé, à de si nombreuses reprises, pour ne pas saluer l’exercice d’introspection du ministre le 21 octobre sur l’antenne de France Inter.
Dans un budget forcément contraint, Édouard Geffray justifie la diminution de 4000 postes d’enseignants par l’accélération de la baisse démographique notamment dans le premier degré. Si cette tendance est factuellement incontestable, on peut discuter l’ampleur des postes proposés à la disparition pour un ministère comptabilisant 1.300.000 personnels, dont plus de 800.000 enseignants. Ne pourrait-on pas s’atteler à étudier la productivité d’une bureaucratie pléthorique plutôt que de diminuer des postes dédiés directement aux élèves, malgré la réalité démographique déclinante ? Aucun autre pays européen ne possède un tel ratio entre le nombre de professeurs et les personnels non enseignants. Voilà un débat qui aurait du sens dans le cadre du Projet de Loi de Finances (PLF) plutôt que de continuellement réclamer comme les Insoumis des moyens indistinctement fléchés. Faisant fi du déficit public et des intérêts du remboursement de la dette, et grevant le déploiement de services publics efficaces.
Même discours de vérité sur la formation de piètre qualité ou la bombe humaine que représente la situation des AESH, accompagnant les élèves en difficultés. La santé mentale de notre jeunesse impliquerait des moyens d’urgence immédiats. Quiconque observe avec sérieux la situation, le rajeunissement de l’âge moyen des tentatives de suicides, les démences psychiatriques de jeunes enfants ou bien encore l’irruption de la violence dans les classes, ne peut qu’y souscrire. Encore faut-il pouvoir agir. L’éducation nationale est effectivement confrontée à des viviers souvent asséchés, à moins d’accepter de remettre nos enfants parfois les plus fragiles dans les mains de personnels peu qualifiés et mal formés. Le souhaite-t-on ?
En vérité, l’école paie aujourd’hui son incapacité à s’être réformée. Le mammouth produit désormais des effets délétères au détriment de ses personnels et des enfants dont elle est censée prendre soin. La paupérisation d’une partie du corps enseignant, l’incapacité à faire vivre la promesse républicaine d’une école inclusive ne sont nullement imputables au récent ministre de l’éducation nationale mais à un continuum ronronnant, premier pourvoyeur de fonctionnaires d’État. La définition récente et bienvenue d’un statut pour les AESH, la revalorisation salariale symbolique qui fut la leur, ne suffiront pas à rendre cette tâche exigeante, attractive, sans remise à plat du périmètre de l’inclusion. À l’exclusion de la psychiatrie ou des ordonnances médicales mercantiles de complaisance pour enfants de bonne famille, l’école inclusive doit retrouver toute sa place mais rien que sa place, faute de quoi elle aboutira à des mécanismes d’exclusion de la part de familles qui n’acceptent plus la détérioration continue du climat scolaire.
Enfin, l’explosion des inégalités scolaires n’est nullement tue, rappelant que « 15% des collèges concentrent 40% des grandes difficultés scolaires ». De quoi effectivement rompre avec les postures si commodes depuis les couloirs du ministère jusqu’aux salles des profs pour concentrer enfin les moyens là où ils se justifient, ne serait-ce que pour endiguer l’aliénation culturelle et idéologique fragilisant la démocratie.
Indépendamment de la longévité de M. Geffray rue de Grenelle – il est le 7ème ministre de l’Éducation en deux ans – l’on retiendra une tonalité authentique et lucide, tranchant avec la langue de bois convenue souvent pratiquée dans ce ministère. C’est assez rare pour le souligner.



