Économie : l’heure de l’addition
Les déséquilibres économiques et financiers se multiplient sans que les gouvernements s’en soucient réellement. Approche le moment où il va falloir payer la facture.
En 2008, la planète financière avait explosé sans que personne ne l’anticipe. En 2025, les signaux d’alerte sont multiples et personne ne bouge. Les taux d’intérêt remontent, la croissance n’est plus là, les dettes publiques s’envolent, les marchés deviennent fiévreux, le commerce mondial se fragmente. Bref, la crise n’est plus une hypothèse incertaine : elle devient un horizon probable.
Premier signal : la remontée des taux longs sur les marchés obligataires. Aux États-Unis le rendement des bons du Trésor à 10 ans frôle les 5 pour cent, du jamais vu depuis 25 ans. Les marchés doutent de la solidité américaine ! Même chose pour les obligations souveraines de la zone euro. Ces hausses traduisent une perte de confiance des investisseurs dans la soutenabilité des dettes publiques. Depuis la crise sanitaire, les États ont creusé leur déficit comme des joueurs de casino en état d’ ébriété. Partout le rééquilibrage budgétaire a été repoussé alors que le service de la dette devient insoutenable.
Au même moment la croissance ralentit. L’Europe est atone, la Chine patine, les États-Unis ne tiennent que par une consommation à crédit. Le capital privé s’abstient et le capital public s’épuise. Les entreprises sont d’autant plus prudentes que le commerce international souffre d’une fragmentation croissante. Les coups de boutoir du Président américain encouragent évidemment le retour de politiques protectionnistes. L’ arroseur en sera largement arrosé. Quant aux banques centrales, longtemps garantes de la stabilité par le rachat massif d’actifs, elles font savoir qu’elles vont réduire la taille de leurs bilans. Et elles relèvent leur taux pour faire face à l’inflation. Le message est clair : ne comptez plus sur nous.
À ce contexte explosif, il faut ajouter un fait aggravant encore sous-estimé. Les nouvelles technologies ont été dans le passé au soutien de la croissance économique. Avec le développement spectaculaire de l’intelligence artificielle, la question reste encore sans réponse. Non seulement parce que les gains de productivité qui sont attachés à l’IA ne sont pas encore clairement établis mais surtout par l’effet extraordinairement disruptif de cette nouvelle technologie sur l’ensemble de l’économie. Une grande incertitude va désormais peser sur l’évaluation de tous les actifs tant que les marchés n’y verront pas plus clair. Or ils détestent l’incertitude, on le sait.
Paradoxe des temps : la seule dynamique positive pour l’investissement, il ne faut pas la chercher du côté de la transition énergétique ou des infrastructures d’avenir mais dans … la préparation de la guerre. Partout sur la planète la course aux armements relance des pans entiers de l’économie militaire. Cela vous rassure? Pas moi. Où va le monde s’il doit chercher son salut dans la guerre ?
Rares sont les responsables qui osent le dire : une étincelle peut tout faire exploser. En démocratie la vérité est politiquement toxique. La proximité des élections, aux États-Unis et en Europe notamment, repousse le moment où des décisions courageuses pourront être prises. Ailleurs c’est plus facile : on ment. Les marchés eux, ne s’embarrassent pas de ces considérations : quand ils sanctionnent, c’est violent et sans appel .
Le monde s’est-il résigné à vivre dans un cycle perpétuel de croissance artificielle et de contractions brutales? Est-il encore possible de réagir? Qui aura le courage de dire à temps que la fête est finie et qu’il va falloir régler l’addition ?



