Éloge du référendum
Selon le Centre de recherches politiques de Sciences Po, 75% des Français ne font plus confiance à leur classe politique. Ce vide a un prix : le populisme. Mais peut-être une solution : le référendum.
Les raisons du désintérêt – ou de la méfiance – de nos concitoyens pour les affaires politiques sont multiples : promesses non tenues des dirigeants, niveau affligeant des débats au Parlement, complexité croissante des défis contemporains, hystérie des médias et des réseaux, tout conduit au rejet de l’engagement collectif. Pour quiconque, entrer en politique aujourd’hui, c’est joindre l’inutile au désagréable.
Dans ce contexte, il n’est pas anormal de voir ressurgir l’idée de referendum. Et cette idée ne doit pas être rejetée a priori.
L’appel direct au citoyen répond à un principe fondamental : la souveraineté appartient au peuple. Malheureusement, ce qui aurait dû rester un mécanisme d’arbitrage par le peuple a été trop souvent détourné, défiguré, parfois trahi. Quand il n’a pas été transformé en plébiscite, il est devenu défouloir. Le Brexit, avec son cortège de mensonges, demeure un exemple flagrant de ce que peut produire un référendum mal engagé !
En France le dernier usage du referendum, (en 2025) sur le traité constitutionnel européen, s’est soldé par un contournement parlementaire que nul démocrate ne peut aujourd’hui défendre sans rougir. Et les dirigeants politiques en ont tiré la conclusion que l’outil était incontrôlable.
Pourtant, entouré de quelques précautions de base, un referendum bien préparé peut être un moment de pédagogie civique sans équivalent. Bien « préparé », cela veut dire précédé d’un débat public de nature à permettre à chacun d’être correctement informé des enjeux. Ce n’est pas hors de portée. Il suffirait, par exemple, d’organiser en amont du vote une ou plusieurs conventions citoyennes pour que nul ne se rende aux urnes sans avoir toutes les informations nécessaires. Pour éviter « la démocratie du clic », ce temps de réflexion collective, avant le rendez-vous dans l’urne, fournirait une occasion de pédagogie indispensable pour sortir nos sociétés de leur torpeur civique.
Bien sûr cela veut dire revoir les articles 11 et 84 de la Constitution. Élargir les domaines éligibles à une consultation référendaire aux sujets éthiques (fin de vie), de finances (lois budgétaires) et de défense (les engagements militaires) par exemple. Et réformer le referendum d’initiative partagée. Cette procédure, créée en 2008, n’a jamais permis une seule consultation : des seuils de déclenchement trop stricts et une procédure trop verrouillée. Dommage. Pourtant un referendum demandé par 10% des électeurs, appuyés par une minorité de parlementaires, permettrait de réconcilier pas mal de gens avec le débat public.
Pourquoi ne pas aller plus loin avec, pour la première fois dans notre Histoire constitutionnelle, un référendum d’initiative populaire permettant de proposer (ou de supprimer) une loi si, par exemple, un million de citoyens de citoyens en faisait la demande ? En donnant au Parlement la possibilité de suggérer une version alternative du texte soumis, pour offrir aux électeurs le choix entre deux formulations. Ces initiatives pourraient être précédées d’un avis de recevabilité du Conseil Constitutionnel pour garantir leur compatibilité avec l’État de droit.
J’évoquais plus haut la nécessité d’une révision constitutionnelle. Admettons qu’elle ne soit pas possible en l’état actuel des choses. Dans ce cas, rien n’interdit à un gouvernement de questionner les citoyens en organisant des « votations ». Même si le résultat de tels votes n’aurait pas de valeur contraignante, il aurait une vertu : donner la parole à ceux qui, trop souvent, ne se sentent pas écoutés.
Évidemment, cet appel d’air apporté par de plus fréquentes consultations directes, serait encore plus logique au niveau des différentes collectivités locales du pays. Ce qui pourrait accompagner utilement un nouveau pas vers plus de décentralisation.
Je ne méconnais pas les difficultés à faire aboutir de telles reformes, surtout si elles passent par une révision constitutionnelle. Certains les trouveront naïves. J’entends déjà les professionnels de la politique, insensibles à la dégradation de leur image, défendre leur pré carré. J’entends ceux qui veulent limiter le recours au peuple sous prétexte que l’autorité venue d’en haut est l’unique critère d’efficacité. Ils ont tort. Plus un régime se veut vertical, plus il a besoin d’être régulièrement relégitimé. Le général de Gaulle l’avait compris. Ses successeurs sont des nains.
Au-delà des polémiques politiciennes, un leader politique défendant ce retour aux sources de la démocratie devrait être bien reçu par l’opinion. En effet, comment ne pas voir ce malaise sourd qui traverse notre pays ? Comment ne pas voir l’entre-soi excessif de la classe dirigeante ? Nos concitoyens ont le sentiment qu’on ne les écoute pas, ou mal, et seulement au moment d’élections très espacées dans le temps. Ils sentent que les grandes décisions se prennent sans eux. Il est temps de changer et de les traiter en adultes.



