Emmanuel Grégoire : la porte étroite
Pour contrer l’éventuel maintien de la LFIste Sophia Chikirou au 2nd tour des municipales à Paris, le candidat du PS a passé un accord avec les Verts et le PC en vue de lancer une dynamique dès le 1er tour. Mais il se lie les mains sans avoir de réserves évidentes de voix pour l’emporter.
Et si la nouvelle n’était pas si bonne ? Sur le papier, l’accord passé entre le Parti socialiste, les Verts et le Parti communiste pour battre Rachida Dati à la Mairie de Paris, a tout pour plaire. Pour la première fois, il scelle dès le premier tour l’union des trois partis de gauche à Paris. Il exclut La France Insoumise qu’il isole. Et il désigne clairement le socialiste Emmanuel Grégoire comme tête de liste. Bien joué ! Avec la nouvelle loi électorale qui désignera le maire de Paris, non plus par arrondissements mais par un vote direct des électeurs, la gauche sociale-démocrate paraît bien armée pour créer la dynamique qui lui permettra de l’emporter.
Mais si le rêve d’Olivier Faure, qui soutient Emmanuel Grégoire, paraît ainsi réalisé, on s’interroge. D’abord sur les chiffres. L’union de la gauche recueille 32 % des voix dans le même sondage qui place séparément le PS à 20 %, EELV à 14 % sans comptabiliser le PCF. Réunis, les trois candidats pèsent un peu moins que le total de leurs scores quand ils sont séparés.
Trois anciens adjoints d’Hidalgo
Ensuite, le plat paraît quelque peu réchauffé. Certes, tous les Parisiens ne rejettent pas, loin de là, la vision d’Anne Hidalgo sur la transformation de Paris d’une capitale saturée de voitures, à une ville plus respirable qui laisse la place à la mobilité douce. Mais ils sont nombreux à se dire exaspérés par l’anarchie des travaux, la dangerosité de la circulation, le prix du logement, la saleté de la chaussée, le bruit des sirènes… Et ils s’inquiètent de l’endettement de la ville qui grève leurs impôts.
Les trois poids lourds qui ont scellé l’union de la gauche sont aussi trois anciens adjoints d’Anne Hidalgo : Emmanuel Grégoire, le premier d’entre eux, David Belliard aux transports, et Ian Brossat au logement. Pourquoi ceux qui ont mal géré hier, disent les opposants, gouverneraient-ils mieux demain ? Le bilan de la précédente législature pèsera sur la liste de la gauche.
Enfin, le Parti socialiste paye cher l’accord. Dans la nouvelle configuration, les écologistes s’arrogent la mairie du 11ème arrondissement – un fief socialiste où s’était présentée Anne Hidalgo – en plus de celles du 12ème et du 14ème qu’ils possèdent déjà. Et ils s’adjugent 58 places sur les 163 que compte la liste qui concourt pour le Conseil de Paris, dont 36 sont éligibles, contre 28 élus aujourd’hui.
Quelles réserves de voix ?
Qu’importe, disent les stratèges de la gauche parisienne, puisqu’avec 32 % des voix, leur liste d’union compte se placer en tête devant Rachida Dati, créditée de 27 %. Cette dynamique électorale, espèrent-ils, leur apportera la victoire en empêchant leur bête noire, Sophia Chikirou, d’obtenir les 10% des voix nécessaires pour se maintenir au 2nd tour.
Voilà bien le cœur du pari du candidat socialiste. Il veut plier le match dès le 1er tour pour déjouer le pronostic qui verrait, outre Rachida Dati et lui, le centriste Pierre-Yves Bournazel (14 %), et Sophia Chikirou (13 %) se maintenir au 2nd tour dans un dangereux éparpillement des voix.
De quelles réserves disposerait alors la liste d’union de la gauche ? Le texte de l’accord signé ne lui en laisse guère. Il stipule d’abord que « toute alliance avec Pierre-Yves Bournazel est exclue », un caillou dans la chaussure d’Emmanuel Grégoire qui s’entend bien avec le proche d’Edouard Philippe et aurait pu toper avec lui si la proximité de la présidentielle n’avait compliqué le jeu. Le texte dit ensuite que « les partenaires s’engagent à ce qu’il n’y ait qu’une seule liste de gauche au 2nd tour ». Les voilà donc scotchés ensemble sans possibilité d’étudier la moindre alternative. Il précise enfin que « le choix de l’alliance au 2nd tour sera fait au consensus, sans l’opposition d’un seul membre de l’alliance », ce qui semble exclure a priori tout rapprochement avec LFI tant Emmanuel Grégoire s’est engagé à ne pas s’allier avec le parti de Jean-Luc Mélenchon.
Mais ce qui est vrai en décembre 2025 le sera-t-il encore en mars 2026 ? Qu’adviendra-t-il si la dynamique électorale ne jouait pas en faveur de l’union de la gauche ? A droite, Rachida Dati a des réserves. Candidate pour Reconquête, Sarah Knafo ne cache pas envisager « un soutien ou un accord tactique » avec Rachida Dati pour faire basculer Paris à droite. Créditée de 7% dans les sondages, elle peut additionner ses voix à celles de Thierry Mariani, à 7% aussi pour le RN. Devancée mathématiquement de près de 10 points, l’union de la gauche résisterait-elle à la tentation d’aller les chercher chez LFI ? Le texte n’interdit en rien – bien au contraire – à Emmanuel Grégoire de craquer, pourquoi pas sous la forme d’un accord électoral. Mais alors quel en serait le prix ?



