Encore une dissolution ? L’apothéose du ridicule

par Laurent Joffrin |  publié le 10/01/2026

Le bruit court sérieusement que l’exécutif songe à dissoudre une nouvelle fois l’Assemblée si d’aventure il était censuré. Après quatre mois de pantalonnade à propos du budget, la classe politique se donnerait donc le ridicule d’un troisième scrutin législatif en quatre ans…

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Info du « Monde », puisée à bonne source : le Premier ministre et le président envisageraient une dissolution de l’Assemblée nationale en cas de censure du gouvernement. En difficulté à l’Assemblée, menacé d’une motion de censure RN et LFI sur le Mercosur, incapable de trouver un compromis sur le budget, Sébastien Lecornu n’a donc rien trouvé de mieux que d’agiter le spectre d’une nouvelle élection nationale pour ramener les députés à la raison. La dissolution précédente ayant donné les formidables résultats que l’on sait, il aurait tort de se priver.

Budget, Mercosur et motion de censure

Il est vrai qu’il pourra cette fois se défiler en accusant les parlementaires. Revenu à l’Assemblée après son déshabillage par le Sénat, le texte de la loi de finances a pour l’instant suscité un désaccord complet en droite et gauche. Les concessions propres à amadouer les socialistes ont pratiquement disparu et la droite s’arc-boute sur son refus de tout nouvel impôt. La colère paysanne – pourtant bien minoritaire – donne l’occasion au RN et à LFI de brandir pour la énième fois leur motion de censure. Et une Assemblée désabusée, sans boussole, effrayée à son tour devant l’ire des syndicats d’agriculteurs, pourrait la voter en désespoir de cause.

Encore une fois, les louvoiements macroniens sont à la base de la crise qui couve. Favorable au fond de lui à l’accord commercial avec le Mercosur, le président a dû composer avec le risque d’une insurrection paysanne attisée par l’épizootie de dermatose nodulaire, qui a pour l’instant provoqué l’abattage de quelque 3 000 vaches sur une quinzaine de millions. Après avoir vanté les concessions arrachées à l’Union européenne, le gouvernement a finalement voté contre l’accord à Bruxelles par peur d’une centaine de tracteurs et, surtout, de la motion de censure annoncée par les extrêmes. Ce qui revient à désavouer par le vote les avancées obtenues auprès des partenaires européens. Ces atermoiements couplés avec l’irritation née de débats interminables et stériles peuvent conduire les députés au suicide politique.

Un nouveau scrutin, quels effets politiques ?

Nous voici donc menacés d’une nouvelle crise politique. Elle nous manquait… Les élections envisagées auraient deux issues possibles : une victoire du RN, ou bien une nouvelle Assemblée ingouvernable, qui risque de conduire la majorité des partis à exiger la démission d’Emmanuel Macron. Y a-t-il un suprême calcul derrière ces palinodies ? Une cohabitation d’un an avec le RN qui démontrerait son incapacité à gouverner ? Mais les lepénistes auront beau jeu de faire porter à Macron, assiégé à l’Élysée, la responsabilité de ce pandémonium, pour se retrouver en bonne position en 2027. L’effondrement d’une gauche empêtrée dans ses divisions, ou bien contrainte de retrouver une unité factice à laquelle personne ne peut croire, tant LFI a rendu le rassemblement impossible par ses outrances ? Cela ne suffira pas à dégager une majorité.

L’instabilité, disent les économistes, explique en grande partie la défiance croissante des marchés et de l’Europe envers la France. Ces soubresauts politiques, pour couronner le tout, seraient donc suivis d’une autre crise, financière et économique celle-là. Par peur des nuages, on déclencherait une tornade. Voilà qui offrirait à Macron-Gribouille une sortie en beauté…

Laurent Joffrin