Enfants : écran fatal
Le temps passé par les enfants devant les écrans explose, entraînant des retards de développement préoccupants, des troubles du sommeil, une diffusion de la crédulité et une addiction à la violence. Face au fléau, les pouvoirs publics lambinent.
Il y a un an, un rapport appelé « Enfants et écrans, à la recherche du temps perdu » était remis par des scientifiques et des experts au Président de la République, sans que cela ne se traduise en mesures concrètes. Outre les effets évidents sur la myopie, l’absence d’activité, ou les troubles du sommeil, se pose la question du développement intellectuel et moteur qui sera celui des prochaines générations. Cette question est nouvelle : une partie de la gauche culturelle se contente encore de hausser les épaules, arguant que l’on disait la même chose sur les jeux vidéo, le rock metal ou le développement d’Internet dans les années 80 et 90. Or, aucun de ces loisirs n’impliquaient d’importants shoots de dopamine entre deux gorgées de désinformation ou de violence non-modérée. Il y a non-assistance à personne en danger.
Les dernières années ont montré une accélération inquiétante des outils numériques aux effets addictifs. Un pré-adolescent de 11 ans en 2020 a subi les confinements successifs avec les effets délétères à présent bien connus sur la santé mentale. Il s’est mis à passer plus de temps sur les réseaux sociaux où les contenus sont de moins en moins modérés, notamment depuis le rachat de Twitter devenu X par Elon Musk. TikTok regorge de contenus violents et dangereux, ce que tout un chacun peut découvrir par lui-même : créez-vous un compte et tapez « tristesse » ou « islam ». En moins de trois vidéos de vingt secondes, vous tomberez sur des tutoriels de scarification ou des contenus wahabites d’une grande violence. Pas un mois ne passe sans un fait divers de cyberharcèlement qui tourne au drame dans un établissement scolaire. Or, derrière le fait divers se dresse un fait social : l’influence des écrans.
De plus à l’école, ce même adolescent n’aura même plus à se fatiguer pour ses devoirs, effectués par un ChatGPT devenu incontournable et qu’aucune institution éducation n’a pour le moment réussi à apprivoiser. La République doit se donner les moyens d’éviter la généralisation de cohortes de citoyens incapable de se concentrer, rendus crédules par l’absence de réflexion induite par les contenus courts et à la qualité de sommeil abominable.
La proposition de la ministre de la Santé Catherine Vautrin d’interdire tout écran avant trois ans est un premier pas bienvenu mais timoré. Le psychiatre à Saint-Anne Raphaël Gaillard l’a dit devant une commission sénatoriale : « il n’y a pas de prévention aujourd’hui ». Pourtant, les exemples asiatiques nous montrent la voie : pas besoin d’être un régime autoritaire comme en Chine pour restreindre le temps de scrolling. Un temps d’écran « déraisonnable » pour les petits Taïwanais ouvre la voie à une amende de 1400€ pour les parents irresponsables. Après l’interdiction de la fessée, aujourd’hui entrée dans les mœurs, voici la régulation des temps d’écrans. Les pouvoirs publics doivent aller dans le même sens, faute de quoi la logique du « trop peu, trop tard » débouchera par compensation sur une interdiction pure et simple du smartphone avant 15 ou 18 ans.



