Enfin un espoir pour l’école

par Boris Enet |  publié le 08/12/2025

Avec une hausse de 46% des candidatures aux concours 2026 du ministère de l’Éducation nationale, la réforme engagée est un réel succès. Un appel d’air dont la rue de Grenelle a grand besoin ; charge à elle de faire perdurer cette dynamique positive.

Quelques jours avant la rentrée, des enseignants sont réunis dans une classe d'un lycée de Poitiers afin de finaliser l'organisation de l'année scolaire et l'accueil des lycéens. (Photo Jean-François Fort / Hans Lucas via AFP)

L’idée même d’abaisser le niveau du concours enseignant à la licence alors qu’un master est aujourd’hui nécessaire pour devenir professeur semait le doute dans la profession. Comme souvent, les organisations syndicales du secteur ont choisi de retenir cette seule source d’inquiétude en ignorant une réalité nouvelle. Le nombre de candidats aux concours de l’enseignement était en chute libre depuis plusieurs années, frisant la correctionnelle dans certaines disciplines, notamment scientifiques : la professionnalisation dès la licence marque une rupture, parfois spectaculaire avec la culture des années précédentes.

Certes, 2026 est une année de transition pendant laquelle se cumuleront les nouveaux et les anciens concours, et ce jusqu’en 2028. Mais seule la mauvaise foi conduirait à nier le succès, dans ce secteur qui en manque cruellement. Avec 265 886 inscriptions, regroupant concours enseignants, CPE ou psychologues de l’Éducation nationale, l’augmentation est spectaculaire, particulièrement dans le premier degré : + 64%, soit 102 027 inscriptions. Le second degré n’est pas en reste avec 121 274 candidatures (+ 84%), dont des disciplines désertées ces dernières années comme les mathématiques. Cet appel d’air est le fruit d’une professionnalisation qualifiante reconnue à 1400 euros net la première année, et à 1800 la seconde. Bien sûr, cela ne garantit pas la présence à long terme de ces jeunes professeurs dans l’Éducation nationale, ni la qualité de la formation continue ; l’absence de passerelles efficaces vers d’autres emplois et d’autres ministères au fil d’une carrière constitue toujours une faille du dispositif, d’autant que de nombreux jeunes ne courent nullement après un statut de la fonction publique souvent perçu comme un carcan. L’indication est toutefois rassurante.

Malgré les maux qui touchent l’école et les turbulences qu’elle affronte sans rompre, l’institution fait la démonstration qu’elle bouge encore dès lors qu’elle expérimente des changements et corrige l’image du mammouth qui lui colle encore à la peau. Les plus sourcilleux insisteront sur la réalité du niveau de ces jeunes étudiants. Peut-être. À la condition d’ajouter qu’elle n’est pas propre à cette catégorie de la jeunesse. Il est tout à fait plausible de produire un niveau d’enseignement correct du premier et du second degré, à l’issue d’une formation biannuelle, si l’accompagnement est à la hauteur et que les acquis scientifiques sont une priorité du ministère. Mieux vaut avoir le choix parmi une pléthore de candidats titulaires d’une simple licence que de puiser dans des viviers asséchés au niveau du master. L’intuition d’Élisabeth Borne, souvent raillée, n’était pas infondée.

Face à cette réalité quantifiable, les traditionnelles organisations syndicales enseignantes, en perte d’influence continue au cours des vingt dernières années, ont deux options. Soit, à l’image de pans entiers de la gauche politique, elles s’arc-boutent sur un logiciel révolu en défense d’un statu quo intenable, soit elles redeviennent forces de proposition autour des nouvelles questions qui structurent l’éducation d’aujourd’hui : périmètre de l’école inclusive, qualité de la formation, progressivité et la revalorisation des salaires, rémunération qui ne peut être l’otage permanent du point d’indice, évolution du statut , intégration de l’IA dans les nouveaux apprentissages, nécessaire réforme du rythme de la semaine des enfants, santé mentale et violence à l’école. Sans oublier la contribution de l’enseignement privé sous contrat ni le renforcement de la dimension européenne dès le second degré… Les sujets ne manquent pas. Elles contribueraient à refonder l’image du syndicalisme enseignant, tandis qu’une génération militante quitte le devant de la scène professionnelle.

Boris Enet