Epstein : le dossier interdit de Trump

par Sébastien Lévi |  publié le 17/11/2025

Le retour médiatique de l’affaire Epstein empoisonne la Maison-Blanche au plus haut point. Déjà affaibli par une économie en berne et des élections locales difficiles pour les républicains, Trump pourra-t-il surmonter une affaire à laquelle sa base est si sensible ?

Déjà le 30 juillet 2025, le chef de la minorité démocrate au Sénat américain, Chuck Schumer (Républicain), sénateur de New York, et le sénateur Richard Blumenthal (Démocrate, Connecticut), sénateur du Connecticut, avaient exhorté l'administration Trump à divulguer davantage d'informations sur l'affaire Jeffrey Epstein, lors d'une conférence de presse au Capitole à Washington. (Photo d'Oliver Contreras / AFP)

La fin du shutdown devait marquer le début d’une accalmie pour le président américain. Elle pourrait – ironie du sort – avoir contribué à remettre l’affaire Epstein sur le devant de la scène médiatique. La situation de blocage provoquée par le shutdown avait permis à la Chambre des représentants de faire siéger une représentante démocrate élue lors d’une élection partielle. Or cette élue va apporter la 218ème voix, celle qui manquait, pour forcer un vote du Congrès sur la publication du dossier Epstein. Avec l’éventuel retour à la surface de l’affaire, les fuites sur la proximité de Trump avec Epstein se multiplient depuis quelques jours. Certes, elles ne démontrent pas directement la culpabilité du président américain dans des cas de viols ou d’actes pédocriminels, mais elles n’en sont pas moins dérangeantes pour lui.

Cette affaire a toujours été un véritable poison pour Trump car elle charrie de nombreux ingrédients chers à sa base : le rejet des élites mondialisées, le complotisme autour du suicide d’Epstein, la pédophilie, la dépravation supposée des démocrates (à commencer par les Clinton, longtemps présentés par la base MAGA comme les premiers complices d’Epstein).
La base la plus dévouée de Trump peut accepter et même célébrer sa corruption, sa mégalomanie, ses atteintes répétées à l’État de droit, qu’ils peuvent justifier par le cynisme et la volonté de revanche contre l’ordre ancien et honni. Mais le dégagisme ne peut en rien justifier l’amitié avec un pédophile comme Epstein.

Signe de son embarras : encore farouchement opposé il y a quelques jours à ce que les républicains votent pour dévoiler le dossier Epstein au public, Donald Trump s’est livré à un numéro de volte-face dont lui seul a le secret. Face à l’ampleur de la polémique, il a visiblement jugé plus opportun de jouer la transparence, écrivant le dimanche 16 novembre sur son réseau Truth Social : « Les républicains de la Chambre devraient voter pour publier le dossier Epstein, parce que nous n’avons rien à cacher et qu’il est temps de mettre ce canular démocrate derrière nous ». Comprenne qui pourra. Son attitude changeante ne fait qu’aggraver la situation. Des élus MAGA « chimiquement purs », comme les représentantes républicaines Lauren Bobert et Marjorie Taylor Greene, avaient déjà décidé de lui tenir tête et de dévoiler le dossier Epstein au public. Symptôme de cette défiance dans son propre camp, seulement 66% des républicains soutiennent Trump selon un sondage récent, loin des 90% dont il jouit habituellement.

Le complotisme MAGA qui a contribué à l’ascension de Trump risque de se retourner contre lui, tout comme la fin du shutdown pourrait bien accélérer le dévoilement du détail de l’affaire. Ce double retour de bâton serait souhaitable s’il ne risquait pas de pousser Trump à tout faire pour détourner l’attention de ses concitoyens, y compris sur le plan militaire, par exemple au Venezuela.

Dans une séquence surréaliste, une réunion de crise consacrée à l’affaire Epstein s’est d’ailleurs tenue dans la « Situation Room » de la Maison-Blanche, une salle de réunion ultra sécurisée où se décident d’ordinaire les actions militaires ou d’éliminations de terroristes.
Le symbole d’un pouvoir aux aguets, qui voit dans cette affaire de mœurs une question de sécurité nationale, et qui pourrait bien y répondre de manière disproportionnée, pour apaiser un président mégalomane prêt à tout.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis