Epstein : nouveau scandale et vieux fantasmes

par Sébastien Lévi |  publié le 18/02/2026

L’affaire Epstein nourrit au fil de ses révélations une nouvelle vague d’antisémitisme. Sur les réseaux et dans certains discours politiques, les vieux fantasmes complotistes refont surface. La mécanique de la haine sévit sans discontinuer.

Les autorités américaines ont rendu publics les derniers documents relatifs à l'enquête sur Jeffrey Epstein, condamné pour agressions sexuelles et aujourd'hui décédé. Ces documents contenaient des références à de nombreuses personnalités. (PHOTO MARTIN BUREAU / AFP)

Le faux tsariste des Protocoles des Sages de Sion avait théorisé le contrôle des affaires du monde par les Juifs. L’affaire Epstein offre aujourd’hui aux antisémites du monde entier l’occasion de réactualiser ce mythe du complot juif international.

Les crimes d’Epstein et de certains de ses proches ne relèvent pas du complot ni du fantasme. Ils sont réels et d’une gravité extrême, mais leur instrumentalisation s’inscrit aujourd’hui dans une dérive conspirationniste et antisémite qui prend de l’ampleur.

Dans cette affaire complexe et tentaculaire, une grille de lecture se fait en effet jour dans certains cercles : l’affiliation d’Epstein au Mossad, qui aurait en sa possession des documents compromettants sur tous les puissants de la planète, permettant à l’État hébreu de faire pression sur eux et donc de contrôler le monde entier. Cette approche résonne d’autant plus que l’affaire Epstein parle de trafic de jeunes filles, de finance internationale et d’élites, soit des invariants des clichés antisémites dans l’Histoire.

Convergence des discours complotistes

Le polémiste d’extrême droite Tucker Carlson, proche de Trump, a reçu dans son émission un influenceur d’extrême gauche à la forte audience, Cenk Uygur. Tout sépare les deux hommes a priori. Pourtant, ils se sont rejoints sur l’idée qu’Israël était directement lié non seulement à l’affaire Epstein, mais aussi au 11 septembre et à l’assassinat du président Kennedy en 1963.
Le travail journalistique qui permet de recouper les faits patiemment, quitte à démonter certaines théories, est vu aujourd’hui comme de la collusion et la volonté d’enterrer l’affaire et de se protéger. Il faut reconnaître d’ailleurs que le jugement scandaleusement indulgent envers Epstein en 2008 justifie au moins partiellement cette méfiance.

L’absence de ces théories dans la presse traditionnelle renforce encore leur puissance sur les réseaux sociaux, où serait dévoilée la « vérité sans filtre » non « soumise au lobby sioniste ». Il est d’ailleurs à craindre que, même après la divulgation de toutes les pièces du dossier, la machine à fantasmes continuera de prétendre que ces révélations ne seraient que la « partie émergée » de l’iceberg.

Une menace amplifiée par le contexte international

Alors que l’antisémitisme est alimenté par l’extrême-gauche et les islamistes sur le conflit de Gaza, ou par une extrême droite nationaliste qui reprend du poil de la bête aux États-Unis mais aussi en Europe, l’affaire Epstein rajoute donc une dimension particulièrement dangereuse pour les Juifs du monde entier.

Il faut lire la jubilation de Rima Hassan, qui pointe « le Franco-Israélien Fabrice Aidan », le diplomate proche de Jeffrey Epstein, le propos de l’antisémite notoire Alain Soral sur « une mafia juive suprémaciste et raciste doublement délinquante sur le plan financier et sexuel », et les commentaires imprudents sur nombre de plateaux de télévision sur la connexion possible d’Epstein avec le Mossad du fait de sa judéité et de sa proximité avec Israël pour comprendre le péril du moment.

Au-delà de ces attaques antisémites « directes », la petite musique des « élites de la finance apatride et dégénérée » porte en elle des raccourcis immanquables et dangereux. Quand Philippe de Villiers parle de « la caste planétaire des élites mondialisées va devoir tomber le masque et rendre des comptes », il alimente, même malgré lui, la petite musique que les antisémites complotistes reprennent à gorge déployée.

Dossier complexe et tentaculaire dans une époque de zapping permanent, l’affaire Epstein demande des réponses simples, définitives, avec des coupables voire des boucs émissaires. On sait dans l’histoire des Juifs que ce type de configurations ne leur a jamais été favorable.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis