Espagne : « Vox » ou le fantôme du franquisme
Le pays se croyait vacciné contre la nostalgie et les penchants autoritaires, mais le virus du franquisme semble encore tenace en Espagne. Né en 2013, le parti d’extrême-droite « Vox » en est le symptôme le plus visible.
Cinquante ans après la disparition de Franco, l’Espagne lutte pour effacer les traces de son passé douloureux. Le chef du gouvernement, le socialiste Pedro Sanchez, vient d’annoncer qu’un catalogue complet des monuments de l’époque franquiste sera établi d’ici la fin novembre afin « qu’ils soient retirés de notre pays et de nos rues ». En 2007 et en 2021, deux « lois de mémoire » ont déjà permis de retirer de nombreux symboles franquistes. Mais un nombre significatif de mairies ont refusé d’appliquer la loi au prétexte que cette symbolique appartient au patrimoine national.
Pour l’Espagne, ce débat est loin d’être une simple querelle universitaire à la mode de la « cancel culture ». La plupart des municipalités refusant de bannir les signes rappelant l’atroce guerre civile qui ravagea le pays de 1936 à 1939 sont dominées ou influencées par le parti d’extrême-droite Vox.
Vox nait en 2013 d’une scission du Parti Populaire, une formation de la droite conservatrice issue des décombres du franquisme. Jusqu’en 2018, le nouveau parti ne fait aucun résultat significatif. Son décollage démarre cette année-là lorsqu’il frôle les 11 % aux élections régionales en Andalousie. Un an plus tard, il franchit la barre des 10% au plan national et fait une entrée fracassante au parlement en remportant 24 sièges. Depuis la mort de Franco le 20 novembre 1975, c’est la première fois que l’extrême-droite revient au parlement de Madrid.
Lors des élections de juillet 2023, l’alliance nouée entre le Parti Populaire et Vox ne fait pas recette pour ce dernier qui peine à recueillir 12% des suffrages. Aux élections européennes de juin 2024, le parti confirme sa troisième place avec 10, 4% des voix. En juillet, son dirigeant Santiago Abascal annonce la rupture avec toutes les coalitions formées avec le Parti Populaire. À Bruxelles le parti rejoint le groupe des « conservateurs et réformistes européens », aux côtés de Reconquête, du PIS polonais et du parti de Giorgia Meloni.
Derrière sa nostalgie des « années Franco », Vox a tous les attributs de l’extrême-droite classique : libéral en économie, ultra-conservateur sur les sujets de société, affichant sa xénophobie assumée dans une récente proposition de loi visant à permettre une expulsion massive des migrants. Vox veut aussi suspendre le budget pour la lutte contre les violences faites aux femmes, qui a fait de gros progrès en Espagne.
Il est aussi caractérisé par son combat sans relâche pour « l’unité de l’Espagne », un thème fétiche de la période franquiste. Vox qui milite en effet pour la suppression des régions autonomes et le transfert de toutes leurs compétences à Madrid, n’a jamais caché son aversion pour les Basques et les Catalans. Le parti utilise ainsi à contre-emploi les parlements régionaux d’Espagne où il a réussi à placer de nombreux élus pour mener campagne contre ceux qui menacent l’unité du royaume.
À l’international, Vox a noué des liens avec le parti de Marion Maréchal Le Pen, qui a créé à Madrid une succursale de son école de formation. Mais la formation européenne qui semble la plus comparable à Vox est l’AfD allemande. Pas seulement pour leur stratégie populiste. Plutôt parce que ces deux formations partagent une volonté symétrique de revenir sur le passé pour réécrire l’histoire. Pour l’un, l’Allemagne des années trente. Pour l’autre, la longue période du Caudillo espagnol.



