Et la foudre s’abat sur Retailleau
La plus haute juridiction de contrôle de la République a infligé non pas un, mais trois camouflets au ministre, président de LR, candidat de la droite extrême à l’Élysée. Un avertissement qui éclaire sur la dangerosité de cette droite et de son porte-voix pour la démocratie.
Les décisions du Conseil constitutionnel sur la réintroduction de l’acétamipride dans certaines cultures, le retour de Paris Lyon Marseille dans le droit commun électoral et le refus d’un allongement – jusqu’à sept mois contre trois actuellement – de la détention en centre de rétention administrative résonnent comme une défaite sans appel pour le sémillant Retailleau.
Jusque-là, tout avait paru lui réussir. Une partie de l’opinion en redemandait. La route vers l’élection présidentielle paraissait s’ouvrir en grand. Et soudain, au milieu de l’été, la foudre constitutionnelle s’abat sur le héros de la droite extrême à quelques encablures seulement du procès qui devrait éliminer sa concurrente d’extra-droite à l’élection suprême.
Le ouf de soulagement, tant des gauches que d’une partie du centre, pour humain qu’il soit, masque mal cependant une série d’enjeux dont le plus important tient à la dangerosité du premier des censurés. Chouan de toujours depuis ses débuts au Puy du Fou dans le repère des Villiéristes jusqu’à sa nomination place Beauvau parce qu’il le fallait bien, faute d’une attitude coopératrice de la direction Faure du parti Socialiste.
Ce Retailleau est un réactionnaire pur sucre, pendant catholique de la messe en latin, définitivement fâché avec les fondements d’une démocratie qui ne se réduit pas au seul respect du suffrage universel. Sinon tous les illibéraux élus pourraient s’en revendiquer légitimement. Quand ils s’y essaient, ça sonne creux.
Les preuves, s’il en fallait encore, n’ont pas tardé à tomber dru. Dans les colonnes du Figaro où Mathieu Bock-Côté s’en prend au Conseil « du grand législateur au grand usurpateur ». Le thème éculé du gouvernement des juges contre le peuple fait un retour virulent. Le ci-devant provocateur Duplomb, lui, annonce le dépôt d’un nouveau texte qui tiendra compte, se croit-il obligé de préciser, des remarques des Sages. Et Retailleau, genou à terre, promet de remettre le couvert sur l’allongement de la durée de détention, condamné par le Conseil constitutionnel autant que par les arrêts de la justice européenne. Ils ne lâcheront rien de leurs obsessions sous les vivats de la Coordination rurale, du RN et apparentés dans une surenchère folle qui ne vise rien d’autre qu’à chauffer les campagnes et la partie la plus primaire de l’électorat avant les municipales. Dommage que le rural qui sommeille en François Bayrou l’ait amené à exprimer des regrets à propos de la « censure » partielle de la Loi Duplomb.
Il faut donc une fois encore rappeler quelques évidences démocratiques que plus de deux millions de pétitionnaires contre la Loi Duplomb avaient, eux, bien comprises. Le Conseil constitutionnel juge en droit, en fonction de l’acquis législatif qui ne saurait être renversé parce qu’une assemblée dont la composition est datée dans le temps qui en décide.
Cet acquis peut certes évoluer, point être effacé sans autre forme de procès. Ainsi, quelle que soit l’appétence des droites extrêmes et de leurs alliés d’extrême-droite, en faveur de dispositions attentatoires au droit de l’environnement et à la Charte qui en assure la portée constitutionnelle, le retour en arrière, le tête-à-queue, la réaction au sens premier du terme ne sont pas possibles dans une société démocratique. De même que les populistes des deux rives et autres Gilets-jaunes ne sauraient défaire la substance démocratique en se jouant de la dimension représentative.
Cela devrait aller de soi dans une société qui ne serait pas malade de ces fantasmes qui agitent les représentants proclamés de l’opinion qui peuplent les antichambres des futures dictatures. Retailleau à l’instar de Trump peut y prétendre. Il est des leurs. La gauche démocratique et tous les démocrates ne sauraient faire avec comme si rien n’était.



