Et si le PS gouvernait ?
Après trois échecs successifs des combinaisons de la droite et du centre, en quoi l’arrivée d’un socialiste à Matignon serait-elle scandaleuse ? D’autant qu’il ne pourrait gouverner sans un accord tacite avec le centre…
Macron tente en panique de réparer ses insignes gaffes. Comme celle qui a consisté à imposer Le Maire à la Défense, sans se soucier de la réaction de Retailleau, lequel s’est senti feinté et a fait capoter toute l’affaire. Le président demande à Lecornu de se rabibocher avec la droite, lequel décline la proposition, tandis que Gabriel Attal dénonce « l’acharnement » d’un Emmanuel Macron qui veut à toute force et contre toute raison garder la main sur les affaires. Amateurisme, hubris absurde, improvisations baroques et fulgurances foutraques d’un président qui n’ose même pas prendre la parole devant le peuple pour expliquer ce qu’il fait. Voilà où en est la pauvre France, en passe de venir la risée de l’Europe.
Il faut le noter : dans ce maëlstrom tragi-comique, le PS se tient bien. Il repousse du pied la convocation extravagante de LFI, qui veut pour la énième fois réunir la gauche sous sa férule après avoir insulté sans relâche les partenaires qu’il prétend soudain rassembler pour voter une outrancière motion de destitution qui n’a ni rime ni raison et viole sans vergogne l’esprit de la constitution. Désavouant LFI, le PS pose logiquement sa candidature à Matignon, légitimé par les pantalonnades successives des trois derniers attelages du « bloc central », qui n’est plus un bloc et qui n’est plus central.
On se récrie en clamant que le PS n’est pas majoritaire et que son programme est inacceptable. Comme si la performance des procureurs de la droite était éclatante, comme si leurs combinaisons douteuses avaient réussi et comme si leur politique recueillait d’adhésion populaire. Après trois échecs avec la droite, pourquoi récuser d’emblée une tentative à gauche ? Les socialistes ne prétendent pas mettre en œuvre toutes leurs propositions et encore moins imposer leurs vues, mais obtenir une plus forte taxation des plus aisés et rediscuter la réforme des retraites. Et comme ils renoncent à utiliser l’article 49-3, l’Assemblée aura le dernier mot. Où est le risque ?
Le seul risque, en fait, c’est la blessure narcissique de l’adolescent installé à l’Élysée, qui devrait dans cette hypothèse accepter une politique qui n’est pas la sienne. Pour le reste, le PS devrait en tout état de cause, pour durer au gouvernement, passer un accord de non-censure avec le centre démacronisé. Où est le scandale ? Ça va coûter cher, dit-on. Mais pour l’instant, ce qui coûte cher, c’est le pandémonium organisé par Emmanuel Macron, qui fait chuter la Bourse, douter les créanciers de la France et flamber le taux d’intérêt des emprunts destinés à financer le déficit. Il s’agit de trouver un compromis honorable qui nous emmène sans trop de soubresauts jusqu’à la prochaine présidentielle, où les grandes orientations seront soumises au peuple. Est-ce vraiment trop demander ?



