États-Unis : big MAGA vous regarde
Le 11 septembre dernier, l’influenceur trumpiste Charlie Kirk était assassiné lors d’une réunion publique. Nul ne remet en cause la gravité de ce crime, mais la réaction des responsables politiques à cet acte et son instrumentalisation sont très inquiétantes.
Sans surprise, Trump et sa garde rapprochée, loin de jouer l’apaisement, ont soufflé sur les braises encore chaudes de la colère du mouvement MAGA au lendemain de cet assassinat. Stephen Miller, son principal conseiller aux affaires intérieures, a ainsi comparé le Parti démocrate à une « organisation terroriste domestique ». Marco Rubio, le Secrétaire d’État américain, a quant à lui menacé de révoquer les visas des personnes célébrant la mort de Kirk sur les réseaux sociaux.
Plus grave encore, l’administration Trump a aussi directement appelé à la délation des individus célébrant sur la toile la mort de Charlie Kirk, demandant même aux entreprises privées de renvoyer les salariés qui auraient manifesté leur joie. Pour montrer le « l’exemple à suivre », le gouvernement a lui-même remercié des employés de certaines administrations publiques pointés du doigt à la suite de cet appel à la délation.
Dans cette affaire, le locataire de la Maison-Blanche joue sans surprise le rôle du pyromane en chef, accusant « la gauche radicale » de « ne pas aimer le pays » et multipliant contre elle les invectives et les menaces. C’est dans ce climat d’hystérie confinant au maccarthysme que Jimmy Kimmel, célèbre animateur d’un talk-show sur la chaine ABC, a été débarqué le 17 septembre. Son « crime » ? Avoir osé s’interroger sur la motivation politique de l’assassin de Kirk et critiquer l’exploitation qui en est faite par la sphère MAGA. Aucune justification de ce crime, aucun appel à la violence, ni même un mauvais trait d’humour qui aurait pu choquer ; cette éviction est juste une faveur de la chaîne ABC à Trump, qui n’a jamais caché sa haine envers les animateurs des Late Night shows, et qui avait déjà obtenu la tête de Steven Colbert sur CBS à l’été 2025.
En une semaine, la démocratie américaine a pris un virage autoritaire radical sur la question de la liberté d’expression, ce que beaucoup craignaient et anticipaient. Le pays du « free speech » n’est plus, et les différentes actions décrites plus haut sont aussi punitives que dissuasives, à l’instar des raids anti-immigration ou de l’intimidation des journalistes, pour tuer toute velléité de rébellion. L’assassinat de Charlie Kirk a offert à Trump le prétexte idéal pour encadrer massivement la liberté d’expression et tester une nouvelle fois, sans résistance, les normes démocratiques américaines.
Telle la grenouille qui ne se rend pas compte que la température monte et qui finit par exploser, le peuple américain semble docilement accepter son sort … Alors que le renvoi de Jimmy Kimmel devrait justement faire office de thermomètre.



