États-Unis : économie terne, démocratie en berne

par Sébastien Lévi |  publié le 14/09/2025

Le pays traverse aujourd’hui ce que de nombreux économistes avaient prévu : l’instabilité inhérente à l’administration Trump et la mise en place de droits de douane sapent la confiance des consommateurs et des entreprises.

Kevin Hassett, directeur du Conseil économique national de la Maison-Blanche, après une interview devant la Maison-Blanche, le 5 septembre 2025. Le dernier rapport sur l'emploi aux États-Unis du Bureau of Labor Statistics indique que seulement 22 000 emplois ont été créés en août, avec une hausse du chômage. (Photo par Andrew Harnik / Getty Images via AFP)

Un chiffre sans appel : le 5 septembre, le bureau de statistiques du ministère américain du Travail annonçait 25.000 créations nettes d’emploi au mois d’août, soit le pire résultat depuis mai 2021. Une semaine plus tard, le 11 septembre, autre mauvaise nouvelle avec le chiffre mensuel de l’inflation s’élevant à 2,9%, en août, soit le plus élevé depuis janvier 2025. Avec un indice de confiance des consommateurs en berne, l’économie américaine est donc en fort ralentissement.

La FED (la Banque centrale américaine), se trouve confrontée à un dilemme de taille avec un pays qui semble s’engager dans une stagflation, mélange d’inflation et de stagnation économique. Or, la même FED doit assurer la stabilité des prix et la croissance économique, et toute baisse des taux susceptible de favoriser l’activité pourrait aggraver l’inflation. Par ailleurs, les menaces constantes de Trump contre le patron de la FED rendent toute baisse des taux « suspecte » aux yeux des investisseurs qui pourraient y voir la preuve que cette institution n’est plus tout à fait indépendante.

Trump le « businessman » semble donc bien parti pour casser l’économie américaine, qui était en bonne santé sous Biden (et sous le premier mandat de Trump jusqu’au Covid). Cette situation est d’autant plus grave que l’impact des droits de douane ne s’est pas encore fait sentir massivement dans les prix, les stocks vendus actuellement ayant été achetés aux prix qui s’appliquaient avant l’(entrée en vigueur de ces nouvelles mesures. Il est donc à craindre que l’inflation s’accélère dans les prochains mois. La seule « bonne nouvelle » est que ces mauvais chiffres ont été rendus publics. Ce répit offert à la démocratie pourrait être de courte durée, non seulement parce que Trump ne saurait tolérer de mauvaise publicité, mais surtout parce que le ralentissement économique le conduit déjà à chercher des boucs émissaires et en profiter pour accélérer la dérive autoritaire du pays.

Pour expliquer les mauvais chiffres des créations d’emploi, Trump a ainsi blâmé les immigrés illégaux, qui auraient été les bénéficiaires des emplois crées par millions sous Biden. Il a aussi pointé du doigt le patron de la FED pour son refus de baisser les taux d’intérêt qui pénaliserait l’activité économique.

Autre tactique habituelle du trumpisme : la diversion. Le lendemain de la publication des mauvais chiffres de l’emploi, le président américain a publié un tweet dans lequel il annonçait partir en croisade contre la ville de Chicago, se présentant en chef de guerre envoyant l’armée et reprenant sans vergogne l’iconographie du film « Apocalypse Now ». Les Américains peuvent s’attendre à d’autres manœuvres visant à éloigner la question économique du cœur du débat politique et médiatique, y compris les pires et les plus grossières, pour rassurer sa base. En ce sens, la mort de Charlie Kirk pourrait lui servir de prétexte pour raviver la guerre culturelle et détourner l’attention de la guerre pour l’emploi.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis