États-Unis : la guerre du golf
Réputé pour son élitisme et son calme, le golf a été l’occasion pour des perturbateurs de s’illustrer cette semaine aux États-Unis : la célèbre Ryder Cup a été le théâtre d’un déferlement d’insultes et d’obscénités. Des débordements rares, et donc d’autant plus symptomatiques d’un malaise profond outre-Atlantique.
Le golf est un sport très populaire aux États-Unis, suivi par d’innombrables amateurs respectueux de l’étiquette. Beaucoup suivent la Ryder Cup qui est un évènement incontournable. Tous les deux ans s’y affrontent les équipes américaine et européenne. L’édition 2025 du tournoi se tenait à Bethpage (New York). Pour avoir assisté à cette compétition qui eut lieu à St Quentin en Yvelines en 2018, j’ai le souvenir d’une épreuve de très haut niveau jouée dans un climat d’une grande courtoisie par les meilleurs golfeurs du monde.
Or l’édition de New York (Long Island) fut cette année marquée par des scènes inimaginables dans cet univers : insultes lancées à un grand joueur européen, Rory McIlroy, jets de bière sur son épouse, chants obscènes repris par une animatrice (contrainte de démissionner), hurlements ultranationalistes. Tom Watson, légende du golf américain, s’est dit lui-même « honteux » du comportement du public. Même la PGA (l’Association des golfeurs professionnels, co-responsable de l’organisation du tournoi), a dû présenter des excuses officielles. Seule consolation : les joueurs européens sont restés élégants… et ont gagné le tournoi.
En arriver là dans un sport bâti sur le calme, la retenue et la politesse en dit long de la généralisation de l’incivilité aux États-Unis. Certes nous connaissons aussi des débordements sportifs en Europe, dans les stades de football en particulier. Mais ce qui vient de se passer aux États-Unis est révélateur d’un profond malaise américain.
Que l’Amérique soit violente ce n’est pas nouveaux. Mais le phénomène est de plus en plus visible dans la vie de tous les jours. Une étude récente a chiffré à 200 millions les actes d’incivilité (insultes, rudoiement, agressions légères…) auxquels sont exposés quotidiennement les travailleurs américains ! Le phénomène est d’ailleurs contagieux et les réseaux dit sociaux ne font que l’aggraver.
L’Histoire nous enseigne que l’érosion des règles de civilité précède souvent la brutalisation politique. Dans l’Europe des années 1930, l’injure publique et la haine banalisée ont préparé le terrain à des régimes de violence. De la Ryder Cup aux rues de Paris, des tribunes de Ligue 1 aux cyclistes des rues de Paris, un même constat s’impose : l’incivilité gagne partout du terrain. Mais aux États-Unis ce qui vient de se passer n’est plus seulement une affaire de politesse : c’est un signal très inquiétant, celui d’une régression collective. L’Amérique traverse une crise, celle du savoir vivre ensemble. Et lorsque disparaît la politesse, c’est la société elle-même qui est menacée.



