États-Unis : la sympathie pour Israël en chute libre
Un sondage récent de l’institut Quinnipiac montre que l’opinion du peuple américain envers Israël est de plus en plus négative. Une évolution qui peut avoir des conséquences majeures sur la relation entre l’état hébreu et les États-Unis.
Certains chiffres parlent d’eux-mêmes : 50% des Américains estiment qu’Israël commet un génocide à Gaza, et 60% d’entre eux appellent à arrêter l’envoi d’armes américaines sur place, selon cette étude. Ces tendances viennent compléter un autre sondage, du Pew Research Center, selon lequel 53% des Américains avaient désormais une mauvaise image d’Israël. Un chiffre qui a sensiblement augmenté au cours des deux dernières années.
Dans le détail, les différences partisanes existent toujours mais elles aussi évoluent : 75% des Démocrates estiment qu’Israël commet un génocide et que le pays ne doit plus recevoir d’armes des États-Unis. La tendance à une plus grande défiance envers Israël ne cesse de progresser. Ainsi, si seulement 20% des Républicains estiment qu’Israël commet un génocide, ils sont près de 40% à souhaiter un arrêt d’envoi des armes, ce qui traduit un mélange entre défiance envers Israël et la persistance d’un sentiment isolationniste au sein du Parti républicain.
Plus préoccupant encore pour Israël, les jeunes républicains sont beaucoup plus négatifs envers l’État hébreu que leurs aînés, avec 50% des Républicains de moins de 50 ans ayant une mauvaise image de ce pays (contre 35% en 2022), contre 23% des plus de 50 ans. Quant à ce qui subsiste de sympathie envers Israël, celle-ci elle est trois plus forte chez les Républicains de plus de 35 ans que les plus jeunes.
La défiance envers Israël devient donc un phénomène courant, dépassant largement les manifestations wokistes et les enceintes des campus. Aux États-Unis comme dans le reste du monde, les images de Gaza, le dédain du gouvernement israélien pour le droit international et le droit humanitaire ont un effet délétère.
Confronté à une opinion publique qui souhaite à 75% l’arrêt de la guerre, Netanyahu justifie la poursuite des opérations par le soutien total que lui apportent Trump et son administration. Le caractère transactionnel et velléitaire de Trump, de même que l’évolution de l’opinion envers Israël chez les Républicains, pourraient bien affaiblir ce soutien. Après avoir consciencieusement ostracisé les Démocrates depuis 15 ans, en préférant miser tout sur les Républicains, Netanyahu a détruit la nature bipartisane du soutien à Israël. Il pourrait s’agir d’une nouvelle erreur d’analyse majeure de sa part.
L’entêtement de Netanyahu lui permettra peut-être de conquérir Gaza et d’en expulser sa population, pour plaire à ses partisans d’extrême-droite et lui garantir sa survie politique. Mais cette victoire militaire pourrait se traduire non seulement par l’isolement international d’Israël mais aussi par la mise en péril de la relation israélo-américaine, véritable garante de la sécurité du pays. En ce sens, les chiffres de l’institut Quinnipiac sont le rappel éclatant que les intérêts stratégiques d’Israël et tactiques de Netanyahu sont désormais contradictoires.



