États-Unis : l’inquiétante capitulation des démocrates
Dimanche 9 novembre, huit sénateurs démocrates ont ajouté leurs voix à celles de cinquante-deux républicains pour voter le texte budgétaire, condition de la fin du « shutdown ». Le piège que leur tendait Donald Trump aura donc fonctionné.
Les démocrates se trouvaient face à un dilemme redoutable : céder aux républicains en acceptant la hausse considérable des frais de santé prévue dans leur texte budgétaire, ou prolonger le bras de fer et bloquer l’aide alimentaire pour 40 millions d’Américains en cas de poursuite du shutdown.
D’un point de vue humain, le choix des démocrates est compréhensible. D’un point de vue politique, la capitulation des huit sénateurs est une victoire majeure pour Trump.
Nikita Khrouchtchev avait dit « ce qui est à moi est à moi, ce qui est à vous est négociable », et c’est exactement le mode de « négociation » employé par Trump à l’occasion de ce shutdown. Le locataire de la Maison-Blanche n’a cédé sur rien, et a préféré jouer ostensiblement au golf au lieu de réunir les parties prenantes. Ce qui commençait à apparaitre comme un signe de désintérêt est aujourd’hui perçu, au-delà de ses partisans, comme une tactique redoutable qui lui a permis de rafler la mise.
Cette victoire renforce le récit d’un Trump fort qui fait plier des adversaires incapables de lui résister. La « marque Trump » sort ainsi confortée par cette bataille, alors même qu’elle commençait à affecter sa popularité et à l’affaiblir politiquement. Le contraste est saisissant avec les démocrates : ils apparaissent velléitaires et faibles aux yeux de leurs partisans, et cyniques et politiciens pour leurs adversaires, après avoir imposé un mois de shutdown.
Cet épisode expose les divisions des démocrates moins d’une semaine après des victoires à des d’élections locales qui leur avait redonné de l’espoir en vue des Midterms de novembre 2026. Ces scrutins prouvaient que la modération sur le fond, couplée à la combativité sur la forme, avec notamment des victoires de candidates centristes dans le New Jersey et la Virginie, pouvait être une recette gagnante. Cette reddition en rase campagne risque au contraire de faire penser que seule une approche radicale permet de résister aux républicains, n’en déplaise aux caciques du Parti démocrate incapables de leur tenir tête.
Bien que seulement huit démocrates sur quarante-sept aient rejoint les républicains, l’image est terrible pour le parti. Nombre de ses élus, comme le représentant Richie Torres ou le sénateur Mark Warner ont d’ailleurs exprimé leur colère contre leurs huit collègues. Selon eux, ces derniers auront mis à mal l’idée même d’une ligne modérée qui risque d’être attaquée au profit de l’aile activiste et radicale du parti.
Cet épisode rappelle une autre capitulation, celle d’Ursula Van Der Leyen et de l’Union Européenne, incapables de tenir tête à Trump, cédant à ses conditions sur toute la ligne sans rien obtenir en échange. Y compris sur la protection des données contre les entreprises américaines du numérique.
Pour Trump, ces capitulations sont autant de raisons de continuer à vouloir imposer ses vues par la force. En ce sens, ces huit démocrates pleins de bonnes intentions ont non seulement affaibli les modérés de leur parti, mais aussi condamné les Américains à payer leur assurance santé bien plus chère … et le monde entier à voir l’éléphant dans un magasin de porcelaine qu’est Trump continuer déstabiliser le monde par ses foucades et ses coups de menton.



