États-Unis : pas de vaccin contre le complotisme
Depuis 2020, la vaccination n’est plus seulement une question sanitaire, mais bien politique et culturelle, au point de devenir le champ d’expérimentation privilégié de toutes les folies complotistes. Une dérive que l’administration Trump attise sciemment.
L’Amérique de Trump semble décidément vaccinée contre le bon sens. Jeudi 4 septembre, le ministre de la Santé, Robert F Kennedy, était auditionné au Senat pour répondre de sa politique sanitaire. Il a notamment été question des multiples licenciements au CDC, une agence de santé publique sous tutelle de ministère de la Santé, et des menaces avérées pesant sur le libre accès aux vaccins dans le pays. À cette occasion, il a été capable de saluer l’opération Warp Speed qui avait permis le développement des vaccins anti-Covid et qui pourrait valoir un prix Nobel à Trump, tout en affirmant que ces mêmes vaccins avaient causé la mort de plus de personnes que le Covid lui-même.
Cet échange résume l’incohérence de l’administration Trump sur le thème de la vaccination. Depuis toujours, Trump refuse d’assumer son rôle (positif) dans le développement des vaccins, tiraillé entre son orgueil et les réticences de sa base envers la science, reflet d’une défiance généralisée dans son électorat envers les élites et les « sachants »
Dans un sondage récent, seulement 50% des Américains se disent favorables à la vaccination obligatoire des enfants, contre 62% en 2019 et 81% en 1991. La Floride vient même de suspendre la vaccination obligatoire dans l’état, le premier d’une longue série probablement.
Comme sur beaucoup de sujets, Trump est le symptôme d’une lente érosion du sens commun et de la confiance des Américains dans leurs institutions. Son arrivée au pouvoir a été rendue possible par le ressentiment contre un « système » qui les aurait floués, volés. En ce sens, Trump est bien une conséquence de l’échec du rêve américain, avec les élites et les institutions comme boucs émissaires, qu’il aura su désigner pour remporter l’élection. Trump 2.0 est à bien des égards une mise à jour de Trump 1.0 sans la prudence et sans les garde-fous institutionnels ou idéologiques. Il exprime aujourd’hui sa vraie nature, un mélange de conspirationnisme et de rejet des élites, en cohérence avec ses partisans.
Sur les vaccins, il semble dépassé par sa propre base, comme en témoigne un tweet du 1er septembre dans lequel il enjoignait les scientifiques de démontrer une bonne fois pour toute l’efficacité des vaccins contre le Covid pour en finir avec les polémiques. Plus révélateur encore, après l’annonce de l’État de Floride sur la fin de la vaccination obligatoire, il a rappelé que la plupart des vaccins étaient efficaces, mais il n’a pas pour autant officiellement dénoncé cette décision.
Comme pour l’affaire Epstein, il est en fait dépassé par les forces et les théories du complot qu’il a exploitées puis libérées et qu’il ne sait plus contrôler. La défiance populaire envers les vaccins, qui illustre une défiance plus générale envers les institutions en place (non limitée aux États-Unis mais particulièrement forte dans ce pays), traduit la crise démocratique de l’Occident que les libéraux, sociaux-démocrates doivent contrer pour ne pas être emportés, et offrir aux jeunes la sécurité démocratique ou sanitaire dont leurs ainés ont bénéficié. Il s’agit, y compris au sens propre du terme, d’une affaire de vie ou de mort pour les sociétés démocratiques et leurs citoyens.



