Étiquetage carbone : l’appel franco-allemand
Des scientifiques allemands et français (*) publient une tribune des deux côtés du Rhin pour demander à leurs gouvernements de légiférer sur l’étiquetage en poids carbone de nos produits et services. L’objectif : décarboner l’économie plus rapidement.
Malgré les efforts de certains pays, les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale ne diminuent pas, voire augmentent (53 Mt CO₂ en 2023, +0,9 % en 2024). Et les prévisions ne sont guère encourageantes. Les mesures prises au niveau des gouvernements – incitations, interdictions, réglementations, etc. – ne créent pas de baisse assez importante pour éviter une catastrophe climatique. Pour mémoire, il faudrait que la France réduise ses émissions de 6% chaque année.
Comme pour l’eau, la pêche ou le tourisme, qui font l’objet de mesures de rationnement comprises et acceptées par les populations dans certains endroits de la planète, l’idée d’un système de quota autorisé d’émissions de GES par individu se dessine. Face à l’urgence climatique, cette piste ne relève plus du fantasme. Seule option qui permettrait de ne pas opter pour ce type de solution : miser sur les bons comportements individuels, ce qui demande une prise de conscience des consommateurs pour faire chaque jour les choix les plus judicieux. En un mot : rendre chaque citoyen responsable de ses consommations. Mais encore faut-il disposer d’une information assez qualitative pour aiguiller nos décisions …
L’étiquetage pour éclairer nos choix
Dans cette optique, les Français du mouvement du Compte Carbone appellent à mobiliser les députés pour porter une loi sur le double étiquetage en euros et en poids carbone. Un système qui permettrait aux consommateurs de connaître le contenu carbone de tous leurs achats, qu’il s’agisse de produits ou de services. Ils pourront par exemple apprendre qu’un pantalon issu de la « fast-fashion » est chiffré à 30 kg de CO₂ contre seulement 17 pour un produit plus vertueux, mais aussi qu’un plein d’essence ou de gasoil pour 1000 km génère 200 kg de CO₂ quand la charge électrique d’une petite voiture pour 1 000 km ne produit que 6 kg de CO₂ en moyenne, ou que nourrir une famille dans une AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) représente trois fois moins de carbone qu’en grande surface.
Il ne s’agit pas ici de culpabiliser les consommateurs, qui continueront pour certains à faire le choix du prix plutôt que celui du poids carbone. Mais à coût égal, voire moindre dans certains cas où le local est plus intéressant, ils disposeront enfin de l’information leur permettant de faire des arbitrages en connaissance de cause. Cette sensibilisation est un préalable à tout débat citoyen sur les solutions à mettre en place pour lutter contre la crise climatique. Le double étiquetage amorcerait par ailleurs un début de « concurrence climat » entre les producteurs et les entreprises, qui avantagera ceux qui auront compris les premiers qu’il est aussi dans leur intérêt commercial décarboner plus rapidement. Un cercle vertueux pourrait ainsi voir le jour : l’information crée la demande, qui provoque un effort de décarbonation de la chaîne de production, entraînant une baisse des émissions de gaz à effet de serre.
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La campagne simultanée en France et Allemagne est à retrouver sur okplanet.cc/ et klima-budget.eu. Il y est proposé de cosigner cet appel pour le présenter rapidement aux gouvernements des deux pays, avant de solliciter la Commission européenne. Parallèlement à cette initiative, une conférence débat sur le thème « L’étiquetage carbone pour une France qui joue un coup d’avance » se tiendra le 3 février 2026 au Sénat, sous la houlette du sénateur du Vaucluse Lucien Stanzione.
(*) Jean Jouzel, Pierre Calame et Nathanaël Wallenhorst, ainsi que les Allemands Markus Wissen, Ulrich Brandt, ou Michael Rickordt soutiennent cet appel.



