Europe : entorses aux valeurs de l’Union
Les guerres d’Ukraine et de Gaza altèrent manifestement le discernement de certains responsables de l’UE. Réécriture de l’Histoire, atteinte à l’indépendance des journalistes : deux incidents dignes d’une démocratie… illibérale.
L’histoire aurait dû se terminer par un communiqué d’excuses en bonne et due forme. Comme nous l’avions écrit, les propos déplacés de la Haute-Représentante de l’UE, l’Estonienne Kaja Kallas, ont à juste titre choqué en Chine et en Russie. L’ancienne Première ministre avait déclaré que la Chine et la Russie réécrivaient l’histoire en déclarant avoir « gagné la Seconde guerre mondiale », ce qui « était quelque chose de nouveau ». Le gouvernement chinois avait réagi dans la foulée, rappelant les innombrables sacrifices de son peuple pour briser les reins de l’armée impériale japonaise. Le Kremlin avait également protesté, tant la mobilisation de la mémoire de la « Grande guerre patriotique » sert de ciment idéologique à la Russie poutinienne.
Or, non contente d’avoir provoqué un incident diplomatique avec la deuxième économie mondiale, Kaja Kallas a enfoncé le clou : à la question écrite d’un député européen, Fabio De Masi (gauche radicale), qui lui demande de préciser ses propos, elle nie une nouvelle fois le rôle de l’URSS dans la victoire contre le nazisme. Le contenu est révélé par le journal Berliner Zeitung. Certes, elle salue le courage des Chinois, mais ne dit rien des 27 millions de morts soviétiques, tout en appelalnt à être vigilant sur… « la réécriture de l’histoire à des fins politiques » !
Dans le même temps, une atteinte à la liberté de la presse a eu lieu au sein même des bâtiments de la Commission européenne. Un journaliste italien, Gabriele Nunziati, a été renvoyé par son entreprise, l’Agenzia Nova, pour avoir posé le 13 octobre dernier une question que des millions de personnes se posent à travers le monde : « Vous avez répété à plusieurs reprises que la Russie devrait payer pour la reconstruction de l’Ukraine. Pensez-vous qu’Israël devrait également payer pour la reconstruction de Gaza, étant donné qu’il a détruit une grande partie de ses infrastructures civiles ? ». Simple, factuelle, la question ne comportait aucun sous-entendu malveillant. La représentante de la Commission européenne a évidemment botté en touche.
Le 27 octobre, il recevait sa lettre de licenciement qui citait explicitement cette question pour justifier le renvoi. En solidarité, deux journalistes italiens ont posé la même question à la Commission, qui a répété mécaniquement son attachement à la liberté de la presse, sans apporter son soutien à Nunziati. Mais à quoi bon défendre un principe si on reste muet quand il est violé ?
Deux incidents inquiétants. Les arcanes bruxellois sont déjà abscons pour l’écrasante majorité des citoyens européens. Si la Commission biaise la mémoire collective ou bien transige sur la liberté d’expression, elle n’aidera certes pas à réduire la défiance qu’elle inspire.



