20 000 menaces sous la mer
La récente décision de Donald Trump d’ouvrir l’extraction minière sur les grands fonds menace les écosystèmes pourtant déjà très fragilisés.
Nice est décidément la capitale des océans. Non seulement la cité méditerranéenne va accueillir, du 9 au 13 juin, à l’initiative de la France et du Costa Rica, la troisième conférence des Nations Unies sur l’océan (UNOC3). Mais en préambule, pour adosser une réunion diplomatique à une approche scientifique, un congrès organisé par l’Ifremer et le CNRS s’est tenu cette semaine sur les rives de la Grande Bleue dans le cadre de l’OOSC (One Ocean Science Congress) afin de renforcer la place de la science dans la gouvernance de l’océan, alors que seulement 2% des budgets mondiaux de recherche lui sont consacrés.
Le multilatéralisme est la seule voie possible pour relever les défis que pose l’océan : réguler le climat, absorber le gaz carbonique et contribuer à alimenter la planète. Malheureusement, les positions prises par l’administration Trump mettent en péril les progrès en ce domaine. L’Agence nationale pour l’océan et l’atmosphère des États-Unis (NOAA) est depuis mars aux abonnés absents, interdite d’échanger avec l’Ifremer, son homologue en France, après 55 ans d’une fructueuse coopération. Elle est frappée par les coupes américaines dans les effectifs de chercheurs et victime de l’attitude climatosceptique de la nouvelle administration américaine.
Cette désaffection ampute la recherche en mer d’un énorme potentiel de ressources, concernant notamment le contrôle de la température et de la salinité des océans à l’aide du réseau des bouées du programme Argo. Au moment où l’acidification des océans, l’érosion de la biodiversité et l’intensification de la pêche industrielle mettent en péril les équilibres océaniques, ce retrait des États-Unis, identique à celui de l’accord de Paris sur le climat, va affecter les travaux des représentations des 200 pays appelés à se prononcer sur l’urgence écologique.
Dans ce contexte, quel est le programme de l’ UNOC3 ? Diverses initiatives devraient voir le jour, et ce dans deux domaines : la haute mer et les grands fonds. Il existe déjà un traité sur la haute mer, adopté en 2023 et destiné à protéger les écosystèmes marins dans les eaux internationales. Mais si 115 pays ont signé ce document, seulement 28 l’ont ratifié définitivement et il ne pourra entrer en vigueur qu’après la ratification d’au moins 60 pays. D’où l’importance du travail diplomatique qui va être accompli à cette conférence de l’ONU.
Une approche des grands fonds, largement méconnus, est également au programme, avec un coup de projecteur sur la mission Neptune qui doit explorer tout l’océan au cours des quinze prochaines années. Mais dans ce domaine également, la décision prise en avril dernier par le président américain d’autoriser l’extraction de minerais dans les grands fonds océaniques, même dans les eaux internationales, est de nature à faire capoter les efforts pour leur protection en incitant d’autres pays à les imiter. L’objectif pour les États-Unis consiste à pallier le manque de terres rares et de minéraux stratégiques par rapport à la Chine, en exploitant les nodules polymétalliques du fond des océans. Un enjeu de sécurité nationale, souligne l’administration Trump, qui estime à 300 milliards de dollars sur dix ans l’intérêt de cette extraction en eaux profondes.
Ce projet est aussi le prélude à un nouveau bras de fer avec la Chine qui dénonce une atteinte au droit international, et qui contourne les règles de l’Autorité internationale des fonds marins – que les États-Unis n’ont jamais reconnue. Nul doute que cette initiative américaine sera reprise par la Russie, qui, en 2007, a déjà planté son drapeau par 4200 mètres au fond de l’Arctique, revendiquant ses droits à exploiter les ressources sous la banquise. Une course internationale est lancée. Elle passera par le Groenland pour Trump. Lourde menace pour ces écosystèmes particulièrement fragiles.



