Face à Poutine, l’Europe « impuissance »
Moscou accumule les provocations, massacre quotidiennement des civils ukrainiens et nargue l’UE en s’aventurant dans son espace aérien. La démocratie et le respect de ses citoyens commandent à l’Europe une riposte par la force, serait-elle « tranquille ».
Le constat est douloureux mais inévitable : notre Europe, forte de sa démocratie, de sa puissance économique et militaire, et de ses valeurs universelles, montre l’étendue de son impuissance quand elle se laisse surprendre par le tsar criminel multirécidiviste. C’est ce que mettent en lumière les récentes incursions nocturnes de drones dans l’espace aérien de plusieurs États membres, qui sèment un désordre dangereux au-dessus des aéroports et d’autres installations sensibles, civiles ou militaires. Le coup de l’aéroport de Munich couronne à cette heure ces provocations qui visent les populations, en alimentant une peur diffuse.
Y faire face sur le plan technique et militaire n’est pas hors de portée … pour peu que l’on s’engage de manière cohérente et collective dans la réparation de l’affront et la prévention de prochaines attaques du même type. Paris a montré l’exemple, conformément au droit maritime international, en inspectant un pétrolier de la flotte fantôme de Moscou. « Piraterie ! » s’est presque étranglé un Poutine inquiet. Quand il fait mine de manier l’humour, il se consume d’indignation. Une première qui en appelle d’autres, beaucoup d’autres, comme un des plus sûrs moyens de mettre en grande difficulté l’économie russe : combiner ces actions de « simple » police avec la pression des forces ukrainiennes sur les installations énergétiques de l’ennemi. La solution existe. C’est au niveau de la décision politique que réside le problème.
La triste polémique sur les compétences de l’Europe pour assurer sa sécurité en atteste. Arrivant à Copenhague pour participer aux sommets de l’UE et de la Communauté politique européenne, la Présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a justement souligné l’enjeu en affirmant : « Nous défendrons chaque centimètre-carré de nos territoires ». Aussitôt, le chœur des zélateurs de la procrastination coupable face à l’ennemi s’emparait du sujet. La Présidente de l’exécutif européen avait-elle compétence en matière de défense pour afficher aussi fermement la couleur de la fermeté diplomatique et militaire. Formellement, non, mais dans ces circonstances, qui pourrait lui reprocher d’anticiper une gradation de la menace ? Qui plus quand Ursula von der Leyen est sur la même ligne que le Président du Conseil, Antonio Costa, que la Haute-représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas, et parmi les chefs d’État ou de gouvernement le soutien (entre autres) de Mette Frederiksen, la Première ministre danoise, du Président français et du Premier ministre britannique. Non pas une unanimité sans faille, mais une majorité large et légitime quand les sociaux-démocrates allemands, par exemple, rechignent à aller de l’avant, de Scholz à Pistorius.
Une majorité volontaire donc, pour soutenir l’Ukraine et imposer le droit international aux fauteurs de guerre et à leurs relais dont, au sein du Conseil, le Hongrois Viktor Orban. Cet allié du RN à Bruxelles (Bardella présidant leur groupe commun au PE) a opposé son véto aux négociations d’adhésion de Kyiv ainsi qu’au transfert à titre d’avance sur les réparations de guerre des avoirs russes gelés dans les banques européennes. Cette cinquième colonne acquise à Poutine ne saurait durablement bloquer les initiatives communes. Mette Frederiksen, l’hôte de ces sommets « de l’urgence » le dit avec force : les votes à l’unanimité sont une entrave, non une liberté pour l’action. Au-delà, l’Europe ne peut faire l’économie d’une réforme vers un fédéralisme de droit assumé. L’extrême-droite populiste doit être partout démasquée pour ce qu’elle est, ce qui exclue de « jouer » avec elle.



