Face à Trump, la résistance s’organise

par Sébastien Lévi |  publié le 05/02/2026

Le pouvoir trumpien prospère sur l’intimidation et l’isolement de ses adversaires. Mais lorsque les résistances se coordonnent — institutions, États, citoyens — une fenêtre étroite s’ouvre pour enrayer la fuite en avant autoritaire.

Ce montage photo, réalisé le 24 janvier 2026, montre, de gauche à droite, le président américain Donald Trump à Davos le 22 janvier 2026 et le Premier ministre canadien Mark Carney à Davos le 20 janvier 2026. (PHOTO MANDEL NGAN / AFP)

En quelques jours, Donald Trump a dû partiellement battre en retraite, mis en difficulté par les « 3 M » : Mark Carney, Macron et Minneapolis. Si ces reculades ne sont pas de nature à freiner sa présidence chaotique et autoritaire, elles ouvrent une voie étroite à suivre pour la contrer de manière durable et efficace.

Dans un discours mémorable, le Premier ministre canadien Mark Carney a pris acte du nouveau désordre mondial et défendu l’évolution des alliances entre puissances moyennes, illustrant ses propos avec un nouveau partenariat entre le Canada et la Chine, et assumant publiquement ses désaccords avec l’Administration Trump. En Europe, le président Macron a quant à lui défendu la souveraineté danoise sur le Groenland, les règles internationales, l’état de droit et la stabilité de l’UE contre le chaos trumpien. Enfin, les citoyens de Minneapolis ont opposé une résistance non violente au pouvoir, qui a dû momentanément reculer, ou tout au moins changer de tactique, en exfiltrant le responsable des opérations de l’ICE, Greg Bovino, de Minneapolis, et en mettant de côté Kristi Noem, la ministre de l’Intérieur.

Le multilatéralisme, l’état de droit et le pouvoir du peuple sont les remèdes contre le trumpisme. Ils ont trouvé dans ces « 3 M » l’incarnation dont ils avaient besoin, capable de réfréner, au moins temporairement, les appétits expansionnistes et autoritaires de Trump.

Une stratégie de démolition assumée

Ces succès partiels ne doivent en aucun cas laisser penser que le plus dur est fait. Aussi brouillonne et imprévisible qu’elle soit, l’Administration Trump a une feuille de route bien définie, décrite dans le programme de la Heritage Foundation, qui vise à casser l’ordre international post-1945 et les droits démocratiques et sociaux obtenus dans les années 60-70 dans la société américaine (égalité civique, Medicare et Medicaid, droit à l’avortement…)

Trump devrait donc, selon toute vraisemblance, redoubler d’agressivité. D’abord parce que son égo l’empêche d’assumer le moindre recul, mais surtout parce qu’il entend mener à bien son travail de démolition. Il s’en est ainsi encore pris au Canada, en soutenant les velléités de sécession de l’Alberta et en menaçant d’augmenter les droits de douane en cas d’accord avec la Chine. Sur le front intérieur, l’accalmie qu’il évoque n’est qu’une façade, avec des rafles qui se poursuivent, et des insultes envers les manifestants ou les autorités du Minnesota. L’arrestation d’un journaliste en marge d’une manifestation ou son appel à arrêter Barack Obama illustrent sa volonté d’accentuer encore la dérive autoritaire du pays.

Un front démocratique à construire

Une véritable confrontation existentielle est aujourd’hui engagée. Les démocraties libérales doivent défendre leurs principes, unir leurs forces, et sortir d’urgence de leur dépendance stratégique et économique vis-à-vis des États-Unis. Sur le front intérieur, le peuple américain doit se lever de manière pacifique à l’échelle nationale, sur le modèle des habitants du Minnesota. Et ce sans attendre d’être affecté directement pour le faire, avec le soutien d’avocats, de syndicats, du monde de la culture et du monde des affaires.

Le bataille devra être menée sans faiblesse, car Trump et ses affidés n’en montreront aucune dans leur volonté de façonner un ordre nouveau, prédateur à l’extérieur et autoritaire à l’intérieur.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis