Faure demande Matignon en visant l’Élysée
« Nous sommes prêts », dit le PS. Une fois Bayrou tombé, c’est au tour de la gauche de gouverner, sans LFI. Avec cette annonce et la présentation d’un budget réaliste, Olivier Faure de reprendre le leadership sur la gauche. Avec un objectif : la présidentielle.
Raphaël Glucksmann soutiendrait-il une candidature d’Olivier Faure au poste de Premier ministre une fois Bayrou tombé le 8 septembre ? La réponse semble être au coeur de la déambulation des deux hommes devant les caméras aux universités d’été du PS à Blois. Car Olivier Faure en a fait son thème central : après l’échec de deux hommes de droite, il serait temps qu’Emmanuel Macron nomme un premier ministre de gauche, capable de fédérer « de Ruffin à Glucksmann », avec un projet sérieux, sans y inclure La France Insoumise.
Et qui d’autre que le premier secrétaire du Parti socialiste pour constituer un tel gouvernement, se dit-on quand on entend Faure lancer au Président de la République : « nous sommes prêts ! ». Avec ces précisions : pas de 49-3, pour redonner son pouvoir au Parlement ; pas de « gouvernement de Faure à Retailleau ». « Je n’ai pas le sens de la trahison », ajoute Faure, qui vise en creux les progressistes de gauche.
Ils ne sont pas les seuls dans le collimateur. « Il n’y aura pas de sauveur solitaire de la gauche. Nous sommes prêts à gouverner », avait aussi assuré juste avant lui sous les applaudissements nourris, sa numéro deux au PS Johanna Rolland qui ouvrait la séquence principale de la journée intitulée « la gauche unie contre-attaque ». A ses côtés pour la soutenir dans une vaste salle comble, François Ruffin, Raquel Garrido, Marine Tondelier, Léon Deffontaines, venus participer aux universités d’été. Raphaël Glucksmann avait dû se contenter de la salle que lui avait attribuée le PS, si étroite que les journalistes n’y avaient guère accès …
Personne, à commencer par Raphaël Glucksmann, ne croit à l’hypothèse d’un Premier ministre de gauche. Avec seulement 120 députés à l’Assemblée nationale, il n’y a pas la moindre chance qu’il s’impose à Emmanuel Macron, toujours réticent à ce que l’on défasse son bilan. Mais la posture offre l’avantage de remettre la gauche de gouvernement dans le jeu. Jean-Luc Mélenchon ayant affirmé qu’il prendrait le pouvoir seul et fait scander par ses troupes lors de sa rentrée politique : « On déteste le Parti socialiste », Faure y voit l’occasion de rendre au PS le leadership sur la gauche.
Pour ce faire, il a fait préparer un projet de budget acceptable par ses partenaires. Sans renier la nécessité de réduire la dette pour mettre sa trajectoire en conformité avec les exigences européennes, il récuse les 44 milliards d’économies que réclame Bayrou. Trop massif, cet effort aurait selon lui un effet récessif. Vingt-cinq milliards suffisent, affirme le Parti socialiste qui veut aussi mieux répartir la CSG et taxer le patrimoine des plus riches (ISF, taxe Zucman..). Un projet peu ou prou calqué sur celui qu’énonçait dès le 18 juillet dans nos colonnes, la co-présidente de Place Publique, Aurore Lalucq qui préside aussi la commission des affaires économiques au Parlement européen. L’heure de la mobilisation a donc sonné pour redorer le blason de la gauche de gouvernement. Une perspective qui fait renaître l’espoir chez les militants.
Le PS rêve-t-il ? S’il devait y avoir une dissolution, et sans accord avec LFI, il serait balayé. Pourtant, Olivier Faure a un atout : lors de la nomination attendue d’un troisième Premier ministre de droite après Barnier et Bayrou, les socialistes décideront ou non de censurer le nouveau gouvernement lorsqu’il présentera son budget. Si les socialistes le sauvent, le nouveau locataire de Matignon pourrait tenir jusqu’à la campagne de la présidentielle ; s’ils le censurent, la crise de régime est assurée, avec la dissolution puis la victoire probable du RN aux législatives, voire la démission d’Emmanuel Macron.
Olivier Faure prend donc date pour éviter une dissolution dangereuse pour lui et pour Macron. Celui qui a pris de l’épaisseur avec sa barbe blanche et ses discours à plus forte connotation internationale, entend utiliser cette carte-maîtresse pour avancer sur la route de la présidentielle. Voilà pourquoi il fait semblant d’aspirer à Matignon alors qu’au fond de lui, il sait que ce serait un cadeau empoisonné.



