Faure et Mayer-Rossignol au coude à coude

par Valérie Lecasble |  publié le 28/05/2025

Soirée surréaliste de résultat du vote des textes d’orientation au cours de laquelle les deux camps se sont envoyé des noms d’oiseaux. Leurs scores sont proches, autour de 41% et, la commission de recollement ce mercredi les départagera. Mayer-Rossignol appelle Boris Vallaud, dont les partisans ont 18 % des voix, à rejoindre une direction collective.

Les candidats à la présidence du Parti socialiste : le maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol et le premier secrétaire du PS et député Olivier Faure, en lice pour devenir premier secrétaire du PS lors d'un nouveau vote le 5 juin, avant un congrès du 13 au 15 juin à Nancy. (Photo Joël SAGET / AFP)

« Ils mentent » ! A minuit vingt, la direction du Parti socialiste annonce à la presse que le texte d’orientation d’Olivier Faure est arrivé en tête après le dépouillement de 92% des votes dans 95 fédérations. Interrogés pour confirmation, les responsables du camp de Nicolas Mayer-Rossignol démentent, assurant au contraire que les deux candidats sont à touche-touche. Deux heures plus tard, ces derniers annoncent leur estimation d’une égalité à 41 % chacun des deux candidats, Boris Vallaud décrochant 18% des voix. Il faudra attendre la commission de recollement, instance officielle de validation des votes, pour avoir le résultat exact dans la matinée de mercredi. Quoi qu’il en soit, les partisans de Boris Vallaud feront la différence

Si on le compare à l’élection claire et nette de Bruno Retailleau à la tête des LR, le processus de désignation du Premier secrétaire du PS paraît d’un autre âge. Ici pas de vote électronique mais des votes locaux à dépouiller, fédération par fédération, pour tenter d’en tirer un résultat national, ce qui provoque un embrouillamini et des interprétations divergentes.

Une certitude cependant : quel que soit le verdict final, il ne sera bon pour personne.

Si Olivier Faure devait arriver en tête, ce serait dans une posture inconfortable. Certes, il s’est battu comme un beau diable et a jeté toutes ses forces dans une campagne qui lui a permis d’effectuer une honorable remontada. Mais il perd encore quelque 1 500 voix par rapport à son score de Marseille il y a deux ans et n’a cessé de reculer depuis ses 72 % de Villeurbanne. Les deux textes déposés face à lui recueillent 59 % des voix au total ce qui exprime une claire volonté de changement et le place en position de minoritaire même s’il devait finalement l’emporter.

Si Nicolas Mayer-Rossignol devait être le mieux placé, la perspective n’est guère plus réjouissante car il n’a pas trop de réserve de voix. En fusionnant deux anciens courants en un seul texte d’orientation afin d’unir la coalition des opposants, le camp du challenger a voulu créer d’emblée une dynamique qui devait plier le match. Or ce n’est pas le cas et les partisans de Boris Vallaud, issu du même courant qu’Olivier Faure dont il est proche, sont réputés plus favorables au Premier secrétaire en place qu’à son concurrent. La répartition théorique de ses voix, estimée par les spécialistes, serait des deux-tiers pour Olivier Faure et seulement un tiers pour Nicolas Mayer-Rossignol. Si cette estimation devait se confirmer, Olivier Faure l’emporterait le 5 juin avec un score qui oscillerait aux alentours de 53% contre 47%.

Certes, il reste avant cela une grosse semaine pendant laquelle des rebondissements peuvent encore survenir, en particulier si Boris Vallaud acceptait de rejoindre l’un des deux camps. Ou si la somme des personnalités d’opposition, tels Carole Delga et Michaël Delafosse qui ont remporté un joli 59 % en Occitanie trouvait un moyen – lequel ? – de rebondir.

À Paris à contrario, Lamia El Aaraje, proche d’Anne Hidalgo qui soutient Nicolas Mayer-Rossignol pour le Congrès et la candidature de Rémi Féraud pour lui succéder à la mairie, n’a obtenu que 47,7%, un score minoritaire décevant qui témoigne de la division suscitée par le soutien d’Olivier Faure à Emmanuel Grégoire qui défie Féraud et donc son ancienne maire Hidalgo.

Plus divisés que jamais, les responsables du Parti Socialiste peineront à constituer une offre crédible pour l’élection présidentielle. Avec 39 815 adhérents et quelque 23 000 votants, ils sont au plus bas depuis 1945. C’est quand on atteint le fond de la piscine que l’on trouve les ressources pour remonter, dit l’adage. A eux de le prouver désormais.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique