Faure ou la revanche du PS

par Valérie Lecasble |  publié le 12/09/2025

Depuis qu’il a remporté le Congrès de Nancy et s’est émancipé de LFI, le Premier secrétaire du PS déploie une stratégie gagnante qui redonne sa force au parti. Il tient le futur gouvernement Lecornu dans sa main et ne craint plus la dissolution.

Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste), après une rencontre avec le Premier ministre français dans le cadre des consultations politiques à l'Hôtel de Matignon, le 4 septembre 2025, en amont du vote de confiance de l'Assemblée nationale. (Photo Bertrand GUAY / AFP)

Dieu sait qu’on l’a voué aux gémonies ! La façon dont à deux reprises, lors de la constitution de la NUPES puis du Nouveau Front Populaire, Olivier Faure s’était acoquiné avec La France Insoumise relevait d’une erreur stratégique fondatrice. Sur le fond, le populisme communautariste d’extrême-gauche d’un Jean-Luc Mélenchon dominant, faisait perdre au Parti socialiste son âme sociale-démocrate de parti de gouvernement. Sur la forme, les vociférations insultantes des Mathilde Panot, Louis Boyard ou Sébastien Deloglu, le reléguaient dans une opposition stérile. Pire, depuis le 7 octobre, les relents d’antisémitisme récurrents de Jean-Luc Mélenchon avaient transformé le politiquement inacceptable en moralement odieux. Bilan : aux yeux de beaucoup de français, le Parti socialiste s’était discrédité.

Il aura fallu sept ans pour qu’Olivier Faure parvienne à opérer la mue dont le PS avait besoin, et développe la colonne vertébrale d’un leader. Quel a été le point de bascule ? C’est lorsqu’il a gagné pour la quatrième fois son poste de Premier secrétaire en juin au Congrès de Nancy, qu’Olivier Faure a pris la main. Attaqué depuis des lustres par ses opposants, réélu sur le fil au Congrès de Marseille après des contestations, on le disait fini, promis à être éjecté. Il a déjoué les pronostics en se montrant opiniâtre lors de la campagne de terrain auprès des militants socialistes. Jusqu’à défaire la coalition de ses opposants menée par Nicolas Mayer-Rossignol, et la dissidence de son ami Boris Vallaud qui l’avait défié.

Une fois la victoire acquise, silence dans les rangs du parti. À Nancy, il s’érige en chef, récupère Boris Vallaud à ses côtés et impose à tous la ligne qu’il préconise d’unité de la petite gauche, avec les Verts, le PC, Place Publique et les ex-insoumis. Le doute subsiste encore sur son attitude vis-à-vis de LFI qu’il refuse alors d’exclure explicitement de toute alliance électorale.

Il lève l’ambiguïté le 23 août aux universités d’été du PS à Blois, après la violente détérioration de ses relations avec Jean-Luc Mélenchon. Après que LFI a scandé « On déteste le PS » lors de sa rentrée politique, la rupture est consommée. Voici donc Olivier Faure enfin libéré : la présence de Nicolas Mayer-Rossignol au premier rang, applaudissant debout le discours de bonne qualité qu’il prononce dans une salle aussi comble qu’enthousiaste, donne le signal d’un Parti socialiste réconcilié.

Tout au long de l’été, entre Nancy et Blois, le PS a travaillé. Il a concocté un projet de budget structuré, cohérent et … socialiste. Face à l’impuissance du gouvernement Bayrou, le parti redevient force de proposition. Il reprend son rang, et confirme ainsi qu’il ne cèdera plus aux injonctions de LFI. C’est dans ce contexte de reprise du pouvoir sur la gauche de l’échiquier qu’est paru le 30 août un sondage Elabe publié dans La Tribune Dimanche, qui valide la stratégie d’Olivier Faure. L’objet de ce sondage est de tester le rapport de force des partis politiques en cas de dissolution, lors de nouvelles élections législatives. Le premier enseignement noté par les médias est la puissance du Rassemblement National qui demeure le grand vainqueur avec plus de 31% d’intentions de vote au premier tour. Mais l’arbre cache la forêt car d’autres éléments surgissent.

Les sondeurs observent notamment qu’une gauche « unie », avec LFI, obtient 3 points de moins (23,5%) qu’une gauche dite divisée (26,5%), sans LFI. Surtout, au sein de cette dernière, l’alliance qui regroupe le PS, les Verts et le Parti communiste recueille 16, 5 % devant LFI qui stagne comme LR à 10%. Enfin, le bloc central (Renaissance, Modem et Horizons) recule fortement à seulement 14 %.

Voilà qui change tout : avec l’effondrement annoncé du bloc central dans les urnes, la gauche sans LFI parviendrait à décrocher au second tour des législatives de nombreux duels face Rassemblement National, en devançant les candidats macronistes. « Sur nos 66 députés socialistes, seulement 5 ou 6 sont menacés sans accord avec LFI, et nous sommes assurés de remporter 40 circonscriptions supplémentaires. Grâce à l’alliance avec Place Publique, les Verts et le PC, nous pouvons obtenir ensemble jusqu’à 200 députés lors de duels face au RN au second tour », assure un spécialiste de la carte électorale.

Un exemple pour s’en convaincre : dans un département comme les Côtes d’Armor qui compte cinq députés, la gauche pourrait en gagner quatre alors qu’elle n’en a aucun aujourd’hui. Ces calculs qui circulent au sein du PS expliquent la rudesse de l’offensive portée par Boris Vallaud et Patrick Kanner dans leurs négociations avec le nouveau gouvernement. Échaudés de s’être fait blousés par François Bayrou, ils attendent Sébastien Lecornu au tournant : ou bien le nouveau Premier ministre leur fait de vraies propositions qui répondent aux exigences de leur projet de budget. Ou bien, ils iront à la dissolution, tant ils se croient aujourd’hui prêts à affronter les urnes. Entre les exigences de la gauche et les diktats de la droite, le nouveau locataire de Matignon marche sur un fil.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique