Fellini : la vie secrète du Maestro
Federico Fellini avait créé un univers où le rêve et la réalité étaient souvent indissociables. Les révélations intimes de sa nièce dévoilent aujourd’hui une vie personnelle qui n’était pas moins romanesque que son œuvre.
Son rôle naturel était de préserver l’héritage culturel et matériel de Federico Fellini. Mais à mesure que son blog personnel est devenu de plus en plus populaire, la nièce du Maestro, Francesca, aura permis au public de découvrir la vie personnelle et secrète de Fellini … qui ressemble curieusement à ses films. Francesca Fabbri Fellini, 60 ans, journaliste et réalisatrice, avait commencé par produire en 2020, 27 ans après la mort de son oncle, un court métrage d’animation sur sa propre enfance, intitulé « La Fellinette ».
Elle rend hommage au « roi des visionnaires », au « Picasso des images en mouvement », ou encore au « merveilleux magicien ». Quand nous l’avons interrogée sur sa ressemblance avec son oncle et sur l’originalité de son itinéraire, elle nous a ainsi répondu : « J’ai absorbé de lui l’art de mélanger le rêve et la réalité, la liberté de ne pas redouter le paradoxe, et la certitude que l’imagination puisse devenir un langage universel ». Ces propos lucides et engagés mènent d’ailleurs le spectateur à approfondir les tenants et aboutissants de la vie fellinienne qu’on imaginait linéaire, réservée et dédiée à la seule création. Il n’en était rien. Car le Maestro menait en fait trois vies sentimentales parallèles qui ont alimenté sa création. Celle avec l’actrice Giulietta Masina, son épouse pendant 50 ans, qu’il adorait littéralement et pour laquelle il inventa des rôles époustouflants dans « La Strada », « Les nuits de Cabiria » ou « Juliette des esprits ». « Giulietta était au sommet de ses pensées », raconte un ami.
La deuxième vie fellinienne impliquait une pharmacienne romaine férue d’occultisme et de magie, qui fut en somme sa femme clandestine mais régulière pendant des décennies. Giulietta semblait parfaitement informée de ce parcours parallèle.
La troisième vie ? Faite de rencontres occasionnelles, comme celle avec la diva Sandra Milo qui pendant 17 ans su être, quand il le lui était demandé, plus qu’une interprète. Avec une Giulietta Masina « toujours parfaitement informée », soutiennent ses amis. Federico Fellini avait donc, dans son profil de marionnettiste de cinéma, génial, spirituel et extraverti, un univers personnel capable de diversifier sa créativité.
Né dans une famille de commerçants socialistes, il était aussi, raconte Francesca, « fils d’une femme au foyer et d’un voyageur de commerce ». Un aspect de sa vie que Fellini lui-même avait évoqué de son vivant : « Il est certain que pour un fils d’un commis voyageur, j’en ai fait du chemin ! ». Un chemin que nous savions très riche, mais que les dernières indiscrétions de sa nièce sont en train de nourrir davantage.



